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Sororimmonde

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9 mars 2010 2 09 /03 /mars /2010 12:12

Comme convenu, je vais vous écrire quelques lignes à propos de cet ouvrage dont je viens de  terminer la lecture.

Il s’agit d’un recueil d’articles destiné à armer le lecteur face aux discours fumeux, aux pratiques plus ou moins ésotériques et pensées magiques, piliers de l’obscurantisme. On le voit, on n’est pas loin de la zététique et le Professeur Broch est cité à plusieurs reprises.

L’ouvrage s’articule en trois parties.

La première partie propose quelques outils indispensables de pensée critique, concernant le langage. En matière de langage, le choix des mots est crucial. L’armée américaine utilisera les termes Pertes collatérales, plutôt que morts de civils ; opération Tempête du désert, à la place de guerre contre l’Irak ; frappe chirurgicale, à la place de bombardements qu’on espère précis en  raison de la proximité de civils, explosifs particuliers au lieu de Napalm, etc.

charb1-copie-1.jpg 

 

Au-delà du vocabulaire, l'auteur, Normand Baillargeon évoque également le danger des syllogismes, qu’il baptise paralogisme et montre comment, avec un raisonnement biaisé, on peut faire passer des idées qui paraissent lumineuses, débouchant parfois sur des généralisations hâtives. Ensuite, toutes les formes de raisonnements biaisés (la plupart déjà abordée dans notre rubrique des nouvelles de l’obscurantisme) sont passées en revue. Par exemple, la fameuse pétition de principe ou raisonnement circulaire :

- Dieu existe, puisque la Bible le dit.

- Et pourquoi devrait-on croire la Bible ?

- mais parce que c’est la parole de Dieu !

La deuxième partie se rapporte aux maths : de fait, il est indispensable de posséder quelques notions de probabilités et de statistiques pour pouvoir démonter un discours sensé car étayé par des données numériques. Cela concerne bien sûr la pertinence des sondages, en rapport avec la validité de l’échantillon et la façon dont les questions sont posées. Il évoque aussi les prétendus phénomènes paranormaux qui dépendent de simples coïncidences statistiquement calculables et non des pouvoirs d’un charlatan. Rappelons par exemple  que dans une assemblée de 23 personnes, la probabilité que deux personnes soient nées le même jour est de 1/2… (calcul déjà évoqué dans Sororimmonde, à vous de retrouver l’article, c’est toujours les mêmes qui bossent, ici !). Broch, Randi et Majax l’ont démontré à plusieurs reprises : les prétendus pouvoirs surnaturels relèvent le plus souvent de tours élémentaires d’illusionniste pratiqués par des imposteurs.


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La troisième partie traite de la justification des croyances, de l’expérience personnelle, de la science et bien sûr d’épistémologie. Qui croire et que croire ? Quelles sont les questions à se poser pour évaluer la validité d’une information, notamment trouvée sur Internet ?

                                                   charb3.jpg
Baillargeon met vivement en cause la responsabilité des médias qui ne feraient pas leur travail, non pas à cause d’une conspiration organisée, mais à cause de la publicité, de l’autocensure, par clientélisme… Il propose 31 stratégies pour entretenir une attitude critique par rapport aux médias. Il propose également un extrait de La Fabrique du consentement de Noam Chomsky, dans lequel on peut lire : Si les lois de Nuremberg étaient appliquées, tous les présidents américains depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale auraient été pendus…

Le livre commence par une citation de Goebbels concernant l’importance de la persuasion sémantique pour faire accepter qu’un cercle soit en  fait un carré (voir mon article précédent concernant ce livre). On trouve aussi une citation d’un des potes de ce charmant nazi :

Bien sûr, le peuple ne veut pas la guerre. C’est naturel et on le comprend.
Mais après tout, ce sont les dirigeants du pays qui décident des politiques.
Qu’il s’agisse d’une démocratie, d’une dictature fasciste,
d’un parlement ou d’une dictature communiste,
il sera toujours facile d’amener le peuple à suivre.
Qu’il ait ou non le droit à la parole,
le peuple peut toujours être amené à penser comme ses dirigeants.
C’est facile. Il suffit de lui dire qu’il est attaqué,
de dénoncer le manque de patriotisme des pacifistes
et d’assurer qu’ils mettent le pays en danger.
Les techniques restent les mêmes, quel que soit le pays.

Hermann Goering (durant son procès à Nuremberg).

On le voit, ce livre est indispensable dans la bibliothèque de celui qui veut exercer sa pensée critique à l’égard des discours actuels, dans lesquels le mensonge, l’irrationnel et le mysticisme tiennent de plus en plus de place. Un bémol cependant inhérent à la nationalité canadienne de l’auteur : les exemples évoqués sont piochés dans l’actualité nord américaine et l’abondante bibliographie et répertoire de sites Web proposés relèvent essentiellement de la langue anglaise…

Michel Tournon

Petit cours d’autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon, illustré par Charb, Lux éditeur,
(19 euros
sur Amazon.fr)

 

 

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