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20 février 2012 1 20 /02 /février /2012 14:02

Un article récent de France-Soir souligne la confiance grandissante que les Français ont pour les « médicaments » homéopathiques : 36% sont des utilisateurs réguliers, 77 % font confiance à cette « thérapie ».


Et pourtant, toutes les études, en particulier la méta analyse de 2005 du journal The Lancet confirme que l’efficacité de ces granules est identique à celle de l’effet placebo. Effet qui existe également pour les médicaments conventionnels.


Ce qui est amusant avec l’homéopathie, c’est qu’à chaque fois qu’elle demande à être confrontée aux protocoles randomisés en double-aveugle, elle se prend une claque, ce qui n’altère pas sa popularité et donc  l’usage irrationnel de cette poudre de perlimpin qui a permis aux laboratoires Boiron d’être l'une des plus grandes fortunes de France.


En outre une bonne partie des utilisateurs de granules se soignent sans médecin, ce qui va complètement à l’encontre des bases théoriques officielles qui affirment qu’une connaissance globale et personnelle du patient est indispensable pour établir une prescription strictement adaptée.

 

Et que penser de ceux qui affirment que l’homéopathie « marche » même avec les bébés et les animaux : j’aimerais assister en particulier à l’entretien entre un dindon et le médecin homéopathe censé cerner sa personnalité à fin de prescription. Le jour de Thanksgiving, ce doit être comique…  Dans ce monde magique, on n’est pas à une incohérence près...


Pour tenter de trouver une explication à ces comportements irrationnels, je propose d’examiner la situation selon trois points de vue : celui du con sommateur, celui des médecins, celui des Pouvoirs publics.


Les deux ou trois décennies passées ont montré que lorsque l’homme est un apprenti sorcier, ses pires œuvres sont générées par « la Science ». En vrac : Tchernobyl, la Vache folle, l’hormone de croissance, Mediator, l’amiante, etc. furent les premiers pourvoyeurs des médecines dites douces.

 

Un gros zeste de mysticisme sur fond de fin du monde très proche, un soupçon de théories conspirationnistes colportées à l’échelle mondiale par l’Internet, le retour à une prétendue pureté originelle contribuent au discrédit systématique de tout ce qui touche de près ou de loin à la Science expérimentale et donc aux recherches médicales et pharmaceutiques.

 

Et comme il est de tradition de jeter le pépé avec l’eau du pain, la démarche scientifique, le raisonnement, la force de la preuve, le raisonnement hypothético déductif se retrouvent également aux orties. Obscurantisme is back, avec la religion qui saisit la perche au passage : ben oui, quand la croyance prévaut sur le raisonnement, le Bon Dieu montre toujours le bout de sa croix, comme le démontre le développement du créationnisme et du concordisme.


Le même "raisonnement" est toujours présent : si ça ne fait pas de bien, ça ne fait pas de mal. Ce genre d’adage est d’une crétinerie sans nom puisqu’il valide la démarche des charlatans et autres bonimenteurs dans le domaine de la santé. Ce sont les mêmes qui colportent des messages généreux sur le Net, alors qu’il s’agit de bobards et ne se donnent pas la peine de vérifier l’information : si ce n’est pas vrai, ce n’est pas grave. Pas grave, mon cul !


Donc, exit les études validées : je crois en la télé qui me dit que Oscillococcinum(1) combat les états grippaux (pas la grippe, hein : faut pas déconner…) et d’ailleurs est-ce que je présente un état grippal ou ai-je vraiment la grippe ?  Et oui, j’en prends tous les hivers et je ne suis jamais malade, nananananère…


Ben moi qui vous écris, je n’ai jamais pris Oscillococcinum et je n'ai jamais d'états grippaux ou de grippe, particulièrement en hiver. J’affirme donc haut et fort que ma bonne santé vient du fait que je ne prends JAMAIS d’Oscillococcinum ! Mon raisonnement est aussi valide que l’autre qui ne se pose pas la question de savoir s’il serait resté en bonne santé SANS prendre d’ocillo… Là on commence à raisonner et les neurones du croyant sortent les gousses d’ail pour repousser le vampire raisonneur !


Les médecins ont une énorme responsabilité dans la croyance homéopathique. L’homéopathie n’est pas une spécialité médicale mais pharmaceutique, et il faut être un vrai médecin avec des morceaux de diplômes dedans pour s’en prévaloir. Pour payer leurs vacances aux Maldives, les médecins généralistes gravent de prétendues spécialités liées à des thérapies plus ou moins ésotériques ou bidons (30 % d’après Jean-Jacques Aulas(2)), sur le cuivre de leur plaque.


L’association médecin/patient est tributaire  de l’offre et de la demande : un médecin non officiellement homéopathe ne refusera pas de prescrire des médicaments homéopathiques si on le lui demande poliment. Le patient français veut absolument sortir d’une consultation avec une ordonnance. Pourquoi ne pas prescrire du Viandox ?


Élément fondamental : l’Ordre des médecins est une institution vieillotte. Malgré tout, par entrisme, parmi ses membres, les médecins défendant l’homéopathie sont sur représentés(2) : il y a peu de chance que cette institution mette un jour les chose à plat en  validant les nombreuses études attestant de l’inefficacité des petites granules.

 

On ne change pas une équipe qui gagne : les gogos sont satisfaits, les homéopathes également, les médecins « contre » ne veulent pas ouvrir une boîte de Pandore dans laquelle ils risquent de laisser des plumes et les sceptiques+++ tels ma pomme ne sont pas obligés d’adopter cette « thérapie ». Mais quel exemple pour les générations futures !


Pour les pouvoirs publics, le même raisonnement peut s’appliquer. De plus, la majorité des médecins votant à droite, faut pas trop les titiller. Et puis, les produits homéopathiques sont moins remboursés que les autres : le trou de la sécu les en remercie. Et n’oublions pas le lobby pharmaceutique de Boiron et Lehning : à moins d’être suicidaire, on imagine mal un ministre de la Santé annoncer la fin de la récréation homéopathique, en particulier des remboursements, comme récemment en Suisse(3). Bien au contraire, il s’est trouvé un ministre qui a jugé que ce type ne médicament ne devait pas faire la preuve de son efficacité pour être mis sur le marché, alors que cette condition est obligatoire pour tous les autres médicaments ! D'où vient cette négligence  dans un monde administato-scientifique dont la vertu cardinale devrait être la rigueur ?


On n’a pas le cul sorti des ronces. Cette croyance qui balaie la raison est un signe de régression : c’est la porte ouverte à tous les charlatans et autres gourous qui ont bien compris que la crédulité associée à l’usage d’Internet était un formidable outil pour vendre de l’intox. Mais quand on croit, il n’y a pas de limite : j’attends avec impatience la vente de granules de Viagra 35 CH et le témoignage positif des gogos qui les auront utilisées(4). Si cela fonctionnait, la nouvelle serait raide...


Michel Tournon

 

(1) Pour tout connaître sur Oscillococcinum et se marrer un bon coup, se connecter ici

(2) De granules en aiguilles, Jean-Jacques Aulas, book-e-book.com

(3) voir ici

(4) En décembre 2008, au tout début d’une conférence, le célèbre magicien James Randi a avalé deux tubes de « somnifères » homéopathiques, soit 64 granules. Et bien évidemment, il ne s’est pas endormi et n’a pas fait d’overdose. Faut bien rigoler de la connerie humaine, non ? Voir ici.

 

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commentaires

Michel Tournon 01/03/2012 11:46


Je regrette que vous vous mépreniez sur le ton de mon précédent commentaire, surtout que nous sommes d'accord sur presque tout et je ne vous ai jamais traité de conne ni d'idiote. J'ai simplement
posé une série de questions très polies auxquelles vous n'avez pas répondu, et c'est votre droit, bien sûr. Je n'y reviendrai donc pas. 


Moi aussi je mets du sparadrap sur le nombril de mes petits enfants quand ils ont des douleurs au ventre. Le pouvoir des soins "magiques" existe pour eux, inutile de leur faire croire qu'il
s'agit de médecine en leur donnant des granulés de lactose. C'est mon opinion, libre à vous de penser qu'elle est supérieure à la votre, je la considère personnellement comme différente.


J'aurais bien aimé vous poser d'autres questions du genre "À partir de quel type de maladie vous laissez tomber l'homéopathie pour la médecine scientifique ?" mais je risque d'être accusé
d'utiliser un ton supérieur...


Alors, je vous souhaite sincèrement une très bonne journée avec ou sans granule.


Très cordialement,


M.T.

Benedicte 01/03/2012 10:28


Je n'aime pas ce ton supérieur que vous prenez : ce n'est pas parceque je donne de l'homéopathie à mes enfants (et à moi aussi) que je suis une sombre idiote. Je sais comment est fabriqué
l'homéopathie et scientifiquement, je n'y crois pas plus que vous. Sans doute ferais-je en effet des économies à donner du banal sucre à mes enfants en lieu et place de ces granules. Toutefois,
je pense que l'effet placebo en serait amoindri ! De même, mes calins calment les coups et les bosses mais leur effet est renforcé par un petit accompagnement à consonnance médicale... Par
exemple, quand ma petite s'égratigne le genou, elle a beaucoup moins mal si on lui pose un petit pansement dessus (surtout si le pansement a de jolis dessins). Oui, c'est con, très con, on est
d'accord. Simplement, je pense qu'on ne peut pas faire sans irrationnel. La science ne peut pas absolument tout expliquer, l'Homme et son environnement sont faits AUSSI d'irrationnel et il faut
faire avec. Il ne faut pas enseigner l'irrationnel mais il serait bon que l'éducation le prenne en compte simplement pour que nous n'en soyons pas esclave...


Et pour en revenir et en finir avec l'homéopathie : certes, j'engraisse Boiron tout en sachant que ce qu'il fabrique est aussi efficace que du sucre en poudre mais je préfère engraisser Boiron
qu'un autre laboratoire de médecine "classique" dont les médicaments ne me feront peut-être pas plus de bien mais dont beaucoup me feront plus de mal... Oui, oui, c'est trés bète comme
raisonnement, je vous l'accorde... Sur ce, ...

Michel 01/03/2012 09:39


Bonjour bénédicte, et merci pour votre commentaire qui constitue une bonne illustration de mon propos.


L'effet placebo est très mal connu, en réalité, mais il existe, quel que soit le "remède" que l'on donne.


Si vous croyez que c'est grâce à Arnica Montana que la bosse de votre fille disparaît, tant mieux, continuez de la sorte. Vous pouvez même lui donner quelques grains de sucre en poudre à
la place, l'effet sera identique et vous n'enrichirez pas les laboratoires Boiron ;-)


Plus sérieusement, si j'étais dans votre situation, je me poserais des questions :


- Si je n'avais rien donné, la bosse aurait-elle disparu ?


- Le réconfort d'une mère pour un petit bobo, avec ou sans remède, n'est-il pas suffisant pour déclencher l'effet placebo ? Je suis sûr que plus le câlin est gros, plus la bosse disparaît
rapidement...


- Etre à la fois juge et partie ne constitue-t-il pas un biais dans une démonstration ?


- Pourquoi, à votre avis, toutes les expériences en double aveugle contre placebo ont toujours conclu à l'inefficacité des produits homéopathiques ?


- Déduire une conclusion universelle à partir d'un cas particulier affirmé oralement  ne conctitutue-t-il pas une régression au plan scientifique, voire simplement logique ? La démarche
expérimentale est quand même censée avoir remplacé les affirmations autant subjectives que gratuites. Enfin, pas si gratuites que cela...


- Par ailleurs, ce côté "magique" puisque paranormal, attribué à l'homéopathie est à mon avis de nature à ôter le sens critique de votre fille et à l'inciter à confondre croyance et raisonnement.


Ce n'est que l'avis d'une personne qui redoute la montée croissante de l'irrationnel, et qui pense que dans quelques années, on enseignera le Feng-shui ou l'astrologie à l'école publique.


Bonne continuation.


Michel 

benedicte 29/02/2012 18:19


Certes certes certes, quand on sait ce que contient (ou pas) des granules, on a du mal à croire à une éventuelle efficacité. Mais pourquoi quand je donne de l'arnica à ma fille, la bosse qui
était en train de pousser sur son front disparait ?... Effet placebo ? Peut-être. Peut-être même sans doute, et tant mieux ! Si l'effet placebo peut me soigner de bien des petits maux et de
petites maladies, et bien moi je dis, GENIAL !