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6 octobre 2011 4 06 /10 /octobre /2011 10:20

Y’en a marre. Aujourd’hui 6 octobre 2011, Steve Jobs, P.-d.g. d’Apple, est tombé définitivement dans les pommes. Je suis réveillé depuis 5 heures du matin et la radio ne cesse de déverser un torrent de larmes, avec témoignage d’Obama, de Steve Wozniak et de tous les fidèles confits de dévotion à l’égard de celui qui avait tout prévu et inventé, sauf le vaccin contre le cancer du pancréas, ce qui prouve qu’il n’était pas si malin que le prétendent ses thuriféraires.


J’ai suivi attentivement l’évolution de l’informatique depuis plus de trois décennies. L’histoire d’Apple, je la connais bien : le bricolage au fond du garage, l’odeur de chichon  exhalée par des barbus chevelus en jeans dans les bureaux donnèrent à l’informatique personnelle un visage cool et alternatif, surtout en comparaison du PC d’IBM. De plus, techniquement, le premier Mac (milieu des années 80) était infiniment plus évolué grâce en particulier à la présence de la souris et de l’environnement graphique achetés par Apple chez Xerox, firme qui n’avait pas perçu l’importance des brevets qu’elle cédait à bas prix.


Il est important de noter que chez les caciques de la pomme, ce sont les résultats du comparatif entre les machines Apple des années 80 et les autres systèmes qu’ils perpétuent à l’envi, comme si le reste du monde informatique n’avait pas évolué depuis 25 ans.


Pourtant, on sait que de nos jours, les PC sont deux fois moins chers que les Mac, qu’ils disposent  fatalement infiniment plus de logiciels payants, gratuits ou libres, et qu’en tout état de cause, depuis une dizaine d’années, à l’instar des PC, les Mac sont équipés de processeur Intel, celui-ci ayant remplacé le Motorola qui était censé justifier une partie de la différence.


Alors, pourquoi continuer à payer deux fois plus cher et faire la queue pendant 48 heures pour acheter des engins qui, pour la plupart, existaient déjà ? Plusieurs raisons. En premier, le conservatisme de ceux qui ont croqué la pomme très jeunes. Ensuite, parce qu'il serait inconcevable d’être journaleux, architecte, musicien, graphiste, prof  (du supérieur en particulier)… sans posséder du matériel Mac. Ce milieu intellectuel représente une sorte d’aristocratie auto proclamée constituée d’une communauté d’initiés ayant eu un jour la Révélation. L'achat d'un engin Apple équivaut à l'obtention d'un ticket d'entrée dans un monde élitiste, tel un titre de noblesse acquis moyennant finance.


Mais le plus rigolo, c’est qu’Apple fut initialement considéré comme une petite boîte artisanale représentant une solution alternative au PC, genre David contre le gros Goliath capitaliste symbolisé par Bill Gates, incarnation du satanisme financier. On sait ce qu’il en est advenu : à chaque chaude-pisse de Jobs, la Bourse s’affolait !


En résumé, tout ce qui faisait objectivement la renommée de cette marque a disparu au fil des décennies. Dans ces conditions, pourquoi les fanatiques d’Apple sont-ils de plus en plus nombreux ? Les réactions disproportionnées des médias à l’annonce de la mort de Jobs constituent une réponse : c’est le gourou que les fanatiques adulent, pas le matériel qu’il vend.


Jobs est devenu le prototype du commerçant capitaliste qui dévoilait ses produits, fréquemment de l'esbrouffe sans beaucoup d'imagination, lors de « grandes messes ». Comme Ron Hubard, papa de la scientologie,  il a compris que le moyen le plus sûr de gagner du fric était de créer une religion. Je n’irai pas jusqu’à comparer l’Ipad à l’électromètre utilisé en dianétique. En revanche, je suis certain que beaucoup des aficionados de Jobs sont des jobards.


Michel Tournon

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commentaires

L


Libé d'aujourd'hui publie un dossier qui met en perspective le personnage.



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L


Beau coup de gueule ! Tu vas te faire de nouveaux amis !


Ceci dit, l'Applemania et le culte Stevejobsial m'ont toujours parus relever du religieux. La foi n'a que faire de la raison et, par conséquence, il est vain de discuter. Surtout que le
raisonneur a toute les chances de finir empalé, lapidé ou brûlé vif pour son bien selon les coutumes culturelles locales.



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