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13 février 2011 7 13 /02 /février /2011 14:31


Les bavures médicales, le regain actuel du mysticisme, le rejet de la Science,  cuisinés exclusivement avec des produits naturels, remettent au goût du jour le débat concernant la possibilité du choix thérapeutique des malades. Les critères peuvent porter sur la nature des remèdes ou sur l’obédience du thérapeute : médecin, guérisseur, sorcier (rayer les mentions inutiles en fonction de vos convictions).


Les tenants des patamédecines revendiquent la liberté de choisir les soins qu'ils pensent adaptés à leur maladie et donc de pouvoir choisir la thérapie qui leur conviennent. L’évocation de ce thème me semblant plus pertinente que l’usage du jus de citron pour guérir le cancer, le présent article lui est consacré.


Le mot liberté éveille dans le révolutionnaire qui sommeille en chaque français des principes fondamentaux conquis de haute lutte allant de la liberté de circulation jusqu’à celle de parier au tiercé avant de connaître le montant de ses pertes en regardant TF1. 


Une fois les trémolos mis en sourdine, on se doit de déterminer et d’analyser les différents éléments censés composer cette liberté de soins. Quel qu’en soit le domaine, la liberté n’est pas le droit de faire n’importe quoi avec n’importe qui, n’importe quand et dans n’importe quelle position… L’établissement de limites est un exercice  aussi  nécessaire que périlleux, à une époque où une grande partie du travail du législateur consiste à vouloir protéger les individus contre eux-mêmes.


De fait, l’invalidité et la mort sont les corollaires habituels de la maladie, d’où l’importance des décisions thérapeutiques qui s’y rattachent : elles peuvent guérir, prolonger la vie voire l’écourter si on refuse les soins réputés idoines.  Aucune loi ne saurait s’opposer au choix d’un adulte qui refuse les soins adaptés, au même titre qu’aucune loi n’empêchera quelqu’un de se jeter sous un train le jour où la SNCF n’est pas en grève. Une personne décidée à en finir avec la vie, quelles qu’en soient les raisons, arrivera à ses fins : son libre arbitre saura siffler  la fin du match…


De la même manière, un malade refusant de son propre chef des soins validés au profit de poudre de perlimpinpin ne peut être contraint à changer d’avis : les autorités médicales lui feront éventuellement signer un papier de décharge les exonérant de toute responsabilité car l’invalidité ou la Grande Faucheuse sont peut-être au bout du chemin.


La situation prend toutefois une dimension différente lorsque le malade, subit l’influence d’une tierce personne : c’est le cas des personnes diminuées par l’âge et/ou la maladie, celui des personnes  dont le jugement est altéré et surtout celui des enfants qui n’ont rien demandé à personne  et dont l’avenir dépend de l’autorité parentale.


L’actualité des faits divers est éloquente à cet égard, par forcément en matière de soins : Mme Bettencourt mère est-elle suffisamment lucide pour dépenser tout l’argent de sa tirelire ? Un meurtrier  est considéré comme irresponsable s’il est prouvé qu’au moment des faits il ne possédait pas toutes ses capacités de discernement. Pourquoi en serait-il autrement pour le choix d’une thérapie ? Et quand une tierce personne intervient, ce n’est plus le libre arbitre du malade qui décide : que vaut la décision d’une personne diminuée prise sous l’influence d’un proche, même si ce dernier n’a que de bonnes intentions ? Et que penser des décisions de personnes soumises à l’emprise de gourous qui les ont incitées à couper toutes relations avec leurs proches ?


Les enfants sont bien sûr concernés : ne manger que des graines ou se soigner avec de la fiente de pigeon est un  choix écologique mais pas vraiment approprié pour le bien être et l’épanouissement d’un gamin qui ne contestera pas les options parentales.


Comme on le voit, l’encadrement de la « liberté de soins », bien qu’indispensable, n’est pas aisé à définir. De surcroît, nous n’avons pas évoqué les différentes natures des thérapies alternatives : dans la mesure où aucune n’a prouvé son efficacité, comment éliminer les plus débiles ?*

 

Tout ceci mérite réflexion : la revendication d’une liberté totale en la matière serait un non sens. Comme me le disait fort justement mon pit-bull hier après-midi,  lors de notre partie d’échecs quotidienne : la liberté, c’est ce que permet de faire la longueur de la chaîne.

 

Michel Tournon


* Ce sera le sujet du prochain article

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