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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 11:28

Grâce à la retraite et à mon grand frère, je lis plus qu’avant. La retraite me propose du temps libre et mon grand frère possède une immense bibliothèque. Vous l’aurez compris, cette métonymie me permet d’évoquer des rangées de livres et non le catalogue Ikea. Le puîné que je suis le remercie (mon frère, pas Ikéa) car ces lectures permettent de combler une infime partie des mes immenses lacunes culturelles (c’est long comme lacune).

Il m’a donc conseillé de lire un livre dont le titre est HHhH, de Laurent Binet, Goncourt 2010 du premier roman. Le titre est intriguant mais la 4e de couverture nous renseigne. Cette suite de « H » est un sigle signifiant Himmler Hirn heißt Heydrich ; pour ceux qui ont fait Inuit première langue au collège, je précise que cela signifie « le cerveau de Himmler s’appelle Heydrich ».

Hé oui, il s’agit d’un ouvrage évoquant la Seconde Guerre mondiale et certains de ses acteurs les plus monstrueux : Himmler  (Reichsführer-SS)  et son bras droit, Reinhard Tristan Eugen Heydrich. Bien que ce dernier fût le subordonné du premier, on ne peut pas dire qu’il s’agisse d’un Nazi mineur. (Oui, je sais, on ne devrait pas rigoler avec ces choses-là).

Le synopsis est simple : Laurent Binet nous relate les préparatifs et l’assassinat du Resichssicherheitshauptamt Heydrich, le 27 mai 1942 à Prague, ce qui entraîna la mort de la Bête blonde par septicémie le 4 du mois suivant. Résumé de la sorte, on se demande pourquoi ce livre a obtenu un prix alors que les ouvrages traitant du sujet (pas forcément de manière exhaustive) sont nombreux et que notre pote Wikipédia suffirait à nous donner tous les détails de cet acte d’éradication du bourreau de Prague.

L’intérêt de cette œuvre dépend à la fois du fond et de la forme. Je dirais même, surtout de la forme. Question fond, le contenu n’est certes pas une révélation, mais pour moi comme pour beaucoup de Français, je suppose, la Seconde Guerre mondiale se résume essentiellement à un match Germains versus Gaulois avec d’autres participants, comme  les Russes ou les Anglais. J’ai tendance à oublier que la peste brune s’était répandue en occupant de nombreux pays, en particulier la Tchécoslovaquie dont l’apparition dans ce conflit ne se limite pas aux Accords de Munich.

L’auteur est un amoureux de la Tchécoslovaquie, où il a quelque temps séjourné : « c’est le pays que j’aime le plus au monde » écrit-il. Et tout son livre est empreint de cet amour pour les habitants, les villes, l’histoire de ce pays. Et son immense admiration pour les responsables de l’assassinat du blondinet teuton est presque palpable lorsque l’on tourne les pages du livre. L’ouvrage relate avec beaucoup de détails de multiples événements historiques, fruit d’une recherche documentaire digne d’un chercheur universitaire lorsqu’il ne fait pas grève. La 4e de couverture précise : « Tous les personnages de ce livre ont existé ou existent encore. Tous les faits relatés sont authentiques ».

Alors, pourquoi ce livre est-il remarquable ? Par sa forme de narration ! Dès les premières pages, l’auteur précise qu’il exècre la fiction romanesque, qui consiste à affubler de détails imaginaires un fait historiquement avéré. Sous le titre de la couverture figure le mot « Roman », bien que l’auteur récuse cette appellation. Ce n’est pas non plus un livre historique. En fait, l’exercice consiste à raconter les préparations et l’attentat contre Heydrich de manière vivante, mais sans laisser son imagination vagabonder. La lecture de l'attentat proprement dit est captivante ; le récit est assorti de détails authentiques issus d'archives : nul besoin d'imagination pour conserver l'attention du lecteur, la manière de raconter est suffisante.

L'ensemble du livre est formé d’une succession de chapitres plus ou moins courts (il y en a 257 !) dans lesquels alternent le récit proprement dit et les considérations personnelles de l’auteur sur sa façon d’écrire :  il évoque ses recherches, la réaction de ses proches quant à l’écriture de son bouquin, et surtout ce qu’il aurait pu écrire dans le chapitre précédent en inventant le contexte des scènes ou des événements évoqués par l’ajout de détails imaginaires : buvait-il du thé ou du café ? La tasse était-elle en porcelaine fleurie ou en faïence ? Etc.. Il imagine aussi des dialogues fatalement apocryphes. C’est certainement cette alternance constante (récit historique/point de vue de l’auteur sur son écriture) qui fait que le mot « Roman » est imprimé sur la couverture.

Je ne sais pas s’il s’agit d’un nouveau genre littéraire mais l’absence de linéarité (si, si ça existe, je viens de vérifier) rend le récit plus attrayant, un peu comme les épisodes d’un feuilleton. Et puis, cela nous oblige à nous pencher sur la valeur des fictions romanesques voire sur leur imposture.

Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé ce livre. Inutile de me demander  l’adresse de mon frère : allez dans la librairie la plus proche de chez vous !

Michel Tournon

HHhH, de Laurent Binet, Editions Grasset, 441 pages 20,90 euros.


 

 

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Published by Michel - dans sororimmonde
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commentaires

Françoise 22/10/2010 12:47



Tu l'as fini ?


Chouette, je vais pouvoir le lire.