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1 septembre 2011 4 01 /09 /septembre /2011 12:55

Reprenons notre voyage au pays du design, pays peuplé d’individus chargés de relooker des objets en les vendant à un prix inversement proportionnel à leur praticité.


Observons donc cette curieuse chose :

gueridon_AC101_400-copie-2.png

Non, je ne me suis pas trompé de site : nous ne sommes pas chez  Leroy Merlin ou Castorama au rayon des gros matériaux, tendance parpaing de la Dame en noir ! Cette illustration est  issue du site Absolument Design. Il s’agit en réalité d’un guéridon en béton. Pourquoi en béton ? Ben parce qu’on utilise un matériau inusuel pour ce type d’objet : on retrouve donc l’un des principaux paramètres du design, la nouveauté, même si elle débouche sur une incongruité  frisant la  maladie mentale, certes différente de celle de DSK qui lui manie le béton à la tonne.


Outre la nouveauté, le design comporte une autre constante : la destruction d’un aspect pratique ou l’ajout d’un défaut d’ordinaire absent,  vu que sa présence constituerait une insulte au bon sens.  Ce guéridon appartient à la deuxième catégorie : même s’il est fabriqué en béton « léger », son poids doit être supérieur à celui du guéridon adulte traditionnel et donc certainement peu pratique à manipuler.


Quant à la forme et la couleur, tous les égouts sont dans l’âne Arthur. Toutefois, j’ai l’impression que cet objet provient de la vente de garage ayant eu lieu à la suite du décès de M. Adolphe H. le 30 avril 1945 à Berlin. Pour ceux qui suivent cette chronique, rappelons que le style bunker fascine certains architectes. Après le Bauhaus, assisterons-nous à la naissance du Blockhaus ?


Mais laissons le rédacteur du site Absolument Design nous décrire ce meuble :


Des lignes pures, une matière brute, lisse et adoucie, le guéridon AC 101 d'Ascète est un véritable élément de décoration pour intérieurs pointus et résolument contemporains.


C’est quoi « un intérieur pointu et contemporain » ? Mais coco, tu piges rien ! C’est le contraire d’un extérieur arrondi et ancien. Évidemment, vu sous cet angle, je me sens très bête d’avoir posé la question.


Au début des années 90, dans son excellent ouvrage  Théorie du Bordel Ambiant, Roland Moreno (l’inventeur de la carte à puces et d’autres objets) expliquait comment il procédait pout imaginer une nouvelle invention. Il dessinait des grilles à plusieurs entrées comportant divers paramètres : un nom d’objet, de matériau, de couleur, de forme, d’usage, d’une pièce de la maison, etc. Ensuite, il examinait le contenu du point de concours de ces différents paramètres pour en apprécier la pertinence dans la perspective une future  création, un futur concept, bref d’une innovation puisqu'il exerçait la profession d’inventeur.


En observant ce guéridon  improbable, j’ai  la conviction que nos actuels designers  récupèrent les scories de la méthode de Moreno.  Quand on songe que ce meuble est vendu  1250 euros pour un format de 50 x 30 x 44 cm, il est légitime de penser que cette love scories est d’un excellent rapport.


Michel Tournon


 

 

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9 avril 2011 6 09 /04 /avril /2011 14:12

 

cageot.jpgVu le piètre jeu de mots de ce titre, vous avez compris que cet objet est une étagère. Elle me donne l’occasion de poser une gentille devinette concernant son origine.

Make your choice :

 

A – Dans un atelier protégé de la banlieue parisienne, un certain Jean-Claude, dont le Q.I. est à un chiffre, fabriqua cet objet avec ses 5 doigts (il est manchot) et sans rien voir (il est borgne des deux yeux), après avoir fait les poubelles pour récupérer un cageot ayant contenu les artichauts du repas de la veille (précision qui n’a strictement aucun intérêt, simplement destinée à faire croire que je me suis documenté).

 

B – Il s’agit d’une « vraie » étagère vendue sur le site made in design.

 

Je sais que vous avez tous trouvé : il s’agit bien de la réponse B. Cette « étagère »se nomme Split Boxes  et est le fruit quelque peu avarié du cerveau d’un designer nommé Peter Marigold. Son prix est de 200 euros (deux cents euros).

 

Sa description nous apprend qu’elle est constituée de bois de cagette et de rondins de hêtre brut, comme les cagettes que vous pouvez récupérer à la fin du marché, avant que les éboueurs les balancent dans la benne.

 

 

Mais ce n’est pas tout : le site propose aussi un commentaire descriptif :

Le bois est la source d'inspiration et le matériau de prédilection du jeune britannique Peter Marigold. Le designer sublime la récupération et le détournement de matière. L'incroyable étagère Split Boxes est fabriquée à la main avec des rondins de bois brut et du bois de cagette ! Les casiers aux formes asymétriques s'assemblent de mille et une façons. 
Pour réaliser Split Boxes, Peter Marigold a entrepris de diviser des rondeaux de hêtre en quatre parts inégales qui forment les angles de chaque casier. La forme des casiers est totalement aléatoire : elle est déterminée par la taille hasardeuse des fragments de rondins qui forment les angles... La nature garantit au créateur la singularité de chacune de ses pièces. Agencés au mur, les casiers composent un ensemble à mi-chemin entre la logique géométrique et l'évolution tentaculaire aléatoire.

 

Je me demande pourquoi je me fatigue à écrire des textes à vocation humoristique alors qu’avec un simple Copier/Coller, à partir d’un site de design, le boulot se fait tout seul.

J’avais déjà remarqué que nos potes les designers nous prenaient pour des cons, mais à ce point… Claquer 200 euros ou faire les poubelles, mon choix est fait…

 

On peut aussi évoquer le côté ergonomique de l’engin en imaginant le résultat obtenu si l’on posait un vase avec des fleurs ou des bibelots sur un tel support. Dans un sens, cette « praticité » est conforme à un des commandements du design : « Du nouveau tu feras, tant pis pour la cata ».

 

Je vous engage à vous connecter sur ce le site car ce « meuble » est proposé sous d’autres formes aussi croquignolesques les unes que les autres prouvant à l’évidence que le concepteur, en matière d’étagère, en connaît un rayon.

 

Michel Tournon

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12 janvier 2011 3 12 /01 /janvier /2011 10:10

Si vous êtes lecteur assidu de cette rubrique Inintelligent design, vous savez que les méfaits du design s’exercent essentiellement à l’encontre des objets de tous les jours, profitant de leur innocence et de leur incapacité à protester ou à défiler de République à Nation.


Le paisible portemanteau a donc subi les attaques des designers, ce qui me paraît normal : ces gugus sont complètement cintrés ! En se connectant sur le site Made in design on peut trouver un exemple significatif pour ne pas dire exemplaire voire édifiant de cette rencontre entre le psychopathe et un objet dont l’humilité n’a d’égale que la modestie.


 

pastere.jpg

 

On reste pantois devant une telle chose dénommée Hang on ! Si, si, je vous assure, c’est vendu comme portemanteau… Et son auteur, le designer, au lieu de se recouvrir d’une chape de honte (peut-être pour mieux rigoler ?) nous livre son nom : Jade Barnes-Richardson . Plus saisissant que l’objet lui-même, le commentaire publié par le site est un d’un comique fini, avec des vrais et gros morceaux anthologiques dedans. Qu’on en juge :


Original et ludique, ce portemanteau imaginé par le designer britannique Jade Barnes-Richardson conjugue parfaitement le détournement d'objets ! Composé de plusieurs cintres mêlés les uns aux autres, Hang on s'accroche simplement au mur. Vous pouvez y déposer vos vêtements à la volée ou y suspendre vos manteaux, sacs et foulards. Jade Barnes-Richardson a voulu avec cet objet brouiller les frontières entre ordre et désordre, en s'inspirant de la manière dont les gens jettent leurs vêtements sur le portemanteau en rentrant chez eux. Véritable oeuvre d'art contemporain, Hang on trouvera sa place dans différents environnements : entrée, salle de bains, chambre, bureau...


Un portemanteau ludique…Finie la corvée de bac à sable pour le petit, refilez-lui ce portemanteau ! Le designer a « brouillé les frontières entre ordre et désordre… » et on ne lui a pas demandé son passeport ? « Véritable œuvre d’art contemporain » : pour moi, il s’agit d’un autoportrait.


Je n’ai pas vu réellement cet objet, mais j’imagine aisément tous ses défauts : vêtement déchiré, crochets agressifs dans lesquels on s’accroche, difficulté à l’accrocher au mur puisque rien n’est prévu à cet effet, solidité de l’ensemble : ce n’est que du fil de fer un peu épais. Et quand on connaît le prix de l’engin (67 euros), on se dit que c’est le prix de quatre bonnes bouteilles de vin, ce qui vaut mieux que d’être pris pour un con en donnant la même somme pour acheter cette horreur.


Quand on voit une telle crétinerie due à nos amis les designers, on se dit que ce n’est pas par hasard que portemanteau rime avec débiles mentaux.

 

Ma note : PC4-copie-1.jpg

 

Michel Tournon

 

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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 14:16

 

On ne la retrouve jamais, et quand on la retrouve, c’est parterre vu qu’elle y est tombée. Vous l’avez reconnue, il s’agit de la télécommande, celle qui pallie la feignassitude du téléspectateur qui souhaiterait qu’elle obéisse à la pensée parce que sa main gauche est  squattée par la bouteille de Krono et la droite par une poignée de cahouètes.


En attendant de pouvoir zapper uniquement par la pensée, la télécommande est un des éléments essentiels de nos salons, et c’est certainement pour cette raison qu’elle attira le designer dans son entreprise de destruction systématique. Et qui retrouvons-nous : ce cher Philippe Starck ! D’aucuns penseront que je fais une fixette sur icelui. Mais force est de constater que le personnage est prolifique et qu’on le retrouve partout : un vrai starckanoviste !


L’attaque que le designer va faire subir à la télécommande est un modèle du genre. Rappelons qu’un des principes du design est avant tout de supprimer ou d’altérer les aspects pratiques d’un produit. Comme nous l’écrivions au début de ce superbe article, la télécommande à tendance à tomber de la table basse ou du fauteuil, malgré sa forme plutôt plate. Imaginons le raisonnement de Starck quand il a envisagé le relookage de cet accessoire : il s’est dit que, malgré sa forme plate et fonctionnelle qui limite sa chute, cette saloperie passe son temps à tomber. Hé bien moi, le génie de la quincaillerie, je vais faire en sorte qu’elle se casse la gueule encore plus souvent en créant un modèle conique ! (comique serait plus juste…). Et c’est ainsi qu’il créa pour Thomson, il y a une quinzaine d’années, la télécommande en forme de cornet à glace qui fatalement est infiniment plus instable que les autres.

 

telecom.jpg


Sur le Net, je n’ai trouvé que cette photo pas très nette…  On ne le perçoit pas très bien, mais sa forme est bien tronconique.


Cette forme n’affecte pas uniquement la stabilité de l’objet : sa préhension est problématique. Déjà qu’avec le modèle plat et rectangulaire il fallait les deux mains pour être efficace…  mais c’est vrai qu’on pourrait en plus utiliser les pieds : le design, c’est avant tout de la "création", ne l’oublions pas. Et bien sûr, sur une télécommande classique, les boutons ont une forme de boutons, sur le bouzin starkingnole, ils sont très allongés. Pourquoi ?  La réponse est toujours la même et justifie l’existence même du désign : parce que c’est nouveau et moins pratique mais surtout parce que c’est tellement plus bôôôô.


J'ai déjà manipulé cette télécommande pour un magnétoscope : c'est une insulte au bon sens et sa forme conique donne envie de la restituer à son "créateur", pas forcément en l'introduisant dans sa main.

 

Ma note : PC3

 

Michel Tournon 

 

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28 décembre 2010 2 28 /12 /décembre /2010 12:22

Nous avons vu que la nouveauté était une des composantes de la modernité. Nous avons aussi vu qu’il existe plusieurs recettes basiques pour faire montre de nouveauté, pilier du design. Une de ces recettes consiste à concevoir quelque chose qui n’a jamais été proposée auparavant, vu son caractère aberrant, pour ne pas dire débile.

 

Et plus cette nouveauté concernera les « fondamentaux», plus elle marquera les esprits. L’architecture n’échappe pas à cette règle, à preuve la « fonction oblique(1) » découverte par les Pipo et Mario de l’architecture, Claude Parent(2)  et Paul Virilio(3). Les méfaits du design se sont aussi abattus sur l’architecture qui ne lui avait strictement rien demandé.

 

Rappelons que notre destructeur national, Philippe Starck himself, a commis quelques constructions, bien que n’étant pas architecte. Avec Claude Parent et Paul Virilio, nous avons à faire à un duo avec de vrais morceaux d’architecte et d’urbaniste dedans.

 

Au milieu des années soixante, ils ont voulu frapper un grand coup en jetant aux orties l’alpha et l’omega de tout bâtisseur : le fil à plomb et le niveau à bulle. La principale névrose du designer, c’est lorsqu’il remarque l’absence d’évolution au fil des millénaires de certaines constantes : l’horizontalité et la verticalité les rendent malades. Lors, Parent et Virilio ont fait comme Virginie, des pentes.

 

Les principes généraux de la fonction oblique sont rappelés par Wikipédia :

Cette théorie, qui participe du déconstructivisme, est le fruit de leurs recherches sur le thème de l'« oblique » et de la « diagonale » et a pour principe l'élimination de l'orthogonalité et l'organisation spatiale de la cité à partir de plan inclinés parcourables et vivables de façon continue dans les trois dimensions. L'architecture est reconsidérée comme une espace parcourable en réseau qui supprime toutes les discontinuités traditionnelles, c'est-à-dire d'une part celles entre les trois dimensions (opposition entre horizontale et verticale), d'autre part entre l'édifice et la ville (opposition entre l'édifice et la ville). Les villes et les édifices sont considérés comme des agencements de nœuds de circulations de personnes, de choses, d'énergie, d'informations. Dans la programmation aussi bien que dans le projet, les échelles architecturales et urbaines sont confondues; la représentation perspective est remplacée par des ficelles dont il s'agit d'agencer les nœuds en recherchant des modèles réguliers dans les décors d'entrelacs ou dans la technique de tissage du macramé.

 

Pour confier l’élaboration des plans de sa maison à des gus qui causent comme ça, faut être sacrément téméraire !

 

En coinçant la bulle dans le niveau, ils voulurent devenir célèbres, oubliant que la Tour de Pise n’a acquis sa notoriété que parce que son air penché était involontaire. Ces duettistes sont actuellement considérés comme des maîtres à penser. Heureusement que leurs délires n’ont pratiquement pas été mis en application. La seule construction en accord avec leur théorie c’est l’église Sainte-Bernadette de Banlay de Nevers(4) dont voici une photo :

 

bernadette.jpg

 

Devant une telle église, comme le disait le grand Jacques : « Si j’étais Dieu, je crois que je perdrais la foi » ! Quand on sait que Virilio s’est intéressé de très près à l’architecture des blockhaus, on comprend certaines choses… Je suppose qu’à la fin de l’office, le curé fait la quête en disant : « A votre bunker messieurs dames ».

 

On peut espérer que vu leur âge, ces deux énergumènes sont devenus inoffensifs. Toutefois, la relève est au coin du bois ; essayons de prévoir les futures innovations. :

 

- du béton armé à la place du verre pour les fenêtres ?
- le rez-de-chaussée au dessus du 5e étage ?
- l’ascenseur horizontal ?

 

Une des premières choses de l'homme, c'est sa fureur pour la nouveauté, deux grands mobiles font agir les hommes ; la peur et la nouveauté.
(Nicolas Machiavel, Le Prince).

 

Michel Tournon

 

(1)  Voir ici
(2)  Voir sur ce site
(3) Voir cette page 
(4)  Description et autres photos ici

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 11:36

Notre ami Joey nous communique l'illustration ci-dessous, preuve que la Turquie fait de gros efforts pour rentrer dans l'Europe. Et bien sûr, à utiliser avec du papier d'Arménie.

 

chiottes-turcs.jpg

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 11:02

Je suis sûr que nos copains les designers vont regretter d'avoir été devancés par Carelman, auteur du Catalogue des Objets introuvables, dans lequel j'ai puisé cette superbe nouveauté :


rétro

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17 décembre 2010 5 17 /12 /décembre /2010 09:19

Allez, tiens, en avant première une nouvelle idée pour le design :

 

emplettes.jpg

 

Comme pour les chaussures, il faudrait proposer plusieurs pointures...

(trouvé sur le Net) 

 

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15 décembre 2010 3 15 /12 /décembre /2010 12:45

Nous l’avons déjà écrit, les designers ne créent rien, et sous couvert de relookage ils détériorent un produit existant.  

 

La modeste brosse à dents ignorait l’existence de Philippe Starck. Pourtant, il y a une vingtaine d’années, Fluocaril a demandé au petit génie de voir ce qu’il pouvait faire pour détériorer ce noble objet. Il s’agissait évidemment d’un travail de longue haleine. Comme d’habitude, pour mieux comprendre les transformations, comparons l’objet avant et après :


brosse à dent

 

Il se fait que j’ai possédé cette brosse à dents* ; mon propos ne se limitera donc pas à une simple comparaison d’images.


Comme d’habitude, les changements voulus par le designer relèvent toujours de la même logique, celle qui consiste à faire l’inverse de ce qui existe ou simplement à choisir une option jamais retenue par simple bons sens, vis-à-vis de la praticité de l’objet.


-     Une brosse à dents ordinaire possède un manche de section plutôt rectangulaire, pour être aisément maintenue par l’utilisateur au cours de brossage.  La brosse à dents designée  possède un manche de section ronde, rendant sa préemption  aussi problématique qu’instable.

 

 

-         L’extrémité d’une brosse à dents normale est plate ou légèrement arrondie pour ne pas agresser la main qui la tient. La brosse relookée a une extrémité pointue,  d’autant plus inutile qu’elle vous pique la paume de la main.

 

-          Le brossage terminé, on lave sa brosse que l’on met dans le gobelet, poils en l’air, afin qu’elle sèche. Le génie de Starck est d’avoir transformé sa brosse à dents en balai à chiottes : entre deux brossages, les poils macèrent dans un bouillon de culture dont la densité augmente avec la température de la pièce. Bonjour l’hygiène !

 

Je crois que cette transformation est un modèle de design : gagner plein de fric en transformant une pauvre brosse à dents en balai à chiottes (même pas pratique), c’est du grand art.


Quand je serai grand, je serai Philippe Starck et j'inventerai la fourchette à une seule dent (gain de place), le gant de toilette pour pieds (forme anatomique : un pour le gauche et un pour le droit), le tube dentifrice pour gaucher.

 

En fait, je suis certain que la plupart des designers puisent leur inspiration dans le livre (vraiment génial) de Carelman Catalogue d'objets introuvables**.

 

Ma note :PC5.jpg 

Cette dégradation mérite bien la note maximum !

 

Michel Tournon


*C’était un cadeau pervers d'un proche qui connaissait mon attrait pour le design.
** Éditions André Balland, 1969 ou livre de poche N°4037. 

 

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13 décembre 2010 1 13 /12 /décembre /2010 17:24

Notre rubrique Inintelligent Design ne saurait passer sous silence l’évolution du téléphone : comme tant d'autres objets domestiques, ce pauvre appareil est tombé entre les pattes antérieures du designer. Pour décrire ses transformations successives, il suffit de comparer les illustrations ci-dessous.


téléphone

 

À l’origine, c’est le dépouillement qui prévaut. L’appareil est rustique et le « combiné » n’existe pas encore. Gros avantage de ce modèle, il est impossible que l’écouteur soit mal raccroché et donc que la ligne soit activée par mégarde. Manifestement, c’est l’utile et le pratique qui importaient pour son concepteur même si l'ensemble reste perfectible.

 

Le deuxième modèle, que nous avons tous connu, est intéressant car  il présente à la fois progrès et régression. Progrès : le combiné, l’ajout d’un écouteur supplémentaire extrêmement pratique pour s’isoler et mieux entendre. Régression il n’y a plus de fourche pour supporter le combiné et donc il peut être mal raccroché par inadvertance : que celui à qui cette mésaventure n’est pas arrivée lève la main ! Les autres mentent ou sont sourds.

 

Le troisième modèle a subi les dégradations indispensables, chères aux designers : le combiné repose de manière instable sur le socle et un éternuement moyen sur l’échelle de Richter est de nature à engendrer son déplacement et  provoquer  l’activation de la ligne par mégarde.

 

Mais la marque emblématique du design, c’est la suppression de l’écouteur.  Voyons ce qui se passe dans la tête du designer (prenons nos aises, il y a de l’espace) : « Comment relooker ce sacré écouteur ? Si je le laisse comme ça, ça fait ringard… Bon sang, mais c’est bien sûr ! Il suffit de le supprimer ».

 

Et là, nous avons sous les yeux la quintessence de la démarche du  designer. Cet abruti n’ayant pas su résoudre le problème qu’il avait inventé arbitrairement,  il supprime l’objet dudit problème…  Au nom d’une esthétique au demeurant discutable, on vire un des composants essentiels de l’objet. Si ça se trouve la Vénus de Milo est le fruit du relookage d’un Philippos Starckos vivant il y a trois mille ans, allez savoir.

 

Tout ceci concerne le téléphone filaire.  Je sais toutefois que dans ce monde de turpitudes, même les téléphones sans fil. Nous en reparlerons prochainement, le temps que Graham Bell se retourne dans sa tombe.

 

Ma note : PC3

 

Michel Tournon

 

 

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