En tant qu’apprenti zététicien, je convoque mes meilleurs neurones, car, comme vous le savez déjà, quand je suppute, le doute m’habite.
Je vois et j’entends un médecin (habillé de blanc, bien sûr) affirmer que cette forme de thérapie est extrêmement efficace. Ensuite, s’affiche à l’écran une animation montrant que nos différents organes sont reliés à nos oreilles, et qu’il suffit de planter une aiguille au bon endroit de l’oreille pour ne plus souffrir. Et bien sûr, en guise de preuve scientifique, point d’évaluation selon un protocole reconnu, mais les inévitables témoignages de personnes attestant avoir été soulagées par cette pratique. Pour finir, le médecin, nommé Alimi, affirme que cette thérapie est pleine d’avenir et que malheureusement, on ne trouvait en France que deux cents médecins formés à cette pratique.
Comme dans un dessin animé de Tex Avery, ma mâchoire est tombée sur mes rotules avec l’élégance d’une enclume en goguette un soir de paye. Le Service Public suppôt de l'obscurantisme ? À moi Google, yahoo et Altavista…
Ouf, la première occurrence dans Google lorsque l’on saisit « auriculothérapie » est le site charlatans.info, dans lequel il est écrit :
Comme dans la majorité des cas de médecines parallèles, l'auriculothérapie n'a jamais été confirmée scientifiquement, ses équivalences physiologiques entre l'oreille, le système nerveux du pavillon et les organes du corps n'ont jamais été établis, son efficacité est inexistante et ses fondements hautement douteux voire totalement ésotériques. Ses concepts reposent en fait sur des correspondances embryologiques sans fondements empiriques mais à contrario uniquement mystiques et hermétiques où le foetus possède une position magique en relation directe avec la santé.
Dans Wikipédia :
À ce jour, le modèle théorique de l'auriculothérapie n'a pas été scientifiquement validé. De plus, pour certains, les connaissances médicales actuelles ne soutiennent pas ses hypothèses. Pour l'OMS, les résultats cliniques obtenus justifieraient un approfondissement neurophysiologique qui tarde à venir.
Sa pratique a été contestée en France par un arrêt du Journal Officiel (voir ce lien) : une équipe de commerciaux non-médecins s'est vue privée de toute publicité dans la mesure où pour cette technique aucune preuve scientifique n'a été apportée. Mais elle ne l'est plus à l'heure actuelle, étant assimilée du point de vue de sa pratique à de l'acupuncture, sans pour autant trouver ses fondements dans la médecine traditionnelle chinoise.
Comme je suis un être profondément honnête, je précise que l’immense majorité des articles concernant l’auriculothérapie, trouvés sur le Net, vante cette thérapie et propose de soulager vos douleurs ainsi que votre portefeuille. Bien évidemment, dans ces articles, pas plus de preuves scientifiques que de moralité dans le cerveau d’un agent immobilier. Remarquons au passage que, comme pour l’acupuncture, ses caciques affirment que sa pratique calme les douleurs. Il se fait également que c’est en matière de douleur que l’effet placebo est le plus efficace, ce qui nous permet de ne pas douter de la sincérité des personnes qui témoignent de l’efficacité de ces thérapies. Malheureusement, l’intensité douloureuse et son ressenti sont difficilement quantifiables.
L’efficacité de l’auriculothérapie est donc du même ordre que celle de l’acupuncture, l’homéopathie, l’iridologie et la queue de lézard bouillie dans de l’urine d’anguille tuberculeuse.
Sur ce site : les caractéristiques communes à toutes les pseudomédecines. Si vous voulez passer un bon moment, rendez-vous sur le blog de mon ami Boisvert ici et là.
À quand une information concernant l’astrologie au journal télévisé du service public ? On passerait ensuite à une émission de déco avec des conseils d’installation selon le Feng-Shui et on terminerait la soirée par une émission scientifique montrant Uri Geller tordre des cuillers à distance.
J’ai comme un malaise ; je vais avaler quelques granules homéopathiques pour calmer mes angoisses…
Michel Tournon
Indices : dans ce film, on pratique la pêche à la mouche...

La caractéristique commune de ceux qui adhèrent à ces thèses, et parfois de ceux qui les profèrent, est le manque d’un esprit critique élémentaire, voire d’un scepticisme de précaution qui empêcherait de prendre des vessies pour des lanternes et d’ainsi éviter de communiquer sa cystite à son lampadaire.
L’attitude sceptique remonte à l’Antiquité grecque mais sous forme de questionnement afin de trouver une éventuelle faille de raisonnement (maïeutique de Platon) ou dans le but de suspendre un jugement, en estimant que les raisons opposées se valent (Pyrrhon d’Élis). Dans tous les cas, il s’agit d’une attitude philosophique stérile qui ne débouche sur aucune connaissance nouvelle.
Le scepticisme est la posture philosophique dont la zététique est le bras armé. Le mot sceptique vient d’un mot grec signifiant « examiner », alors que zététique provient d’un mot grec signifiant « rechercher ». La zététique, c’est utiliser le doute comme un moyen et non comme une fin. Son représentant le plus connu en France, le Professeur Henri Broch, la définit comme « l’Éducation à l’esprit critique » et comme « l’Art du doute », le mot « Art » étant pris dans son sens médiéval (Ars), c’est-à-dire voisin d’habileté.
L'astrologie, la parapsychologie, les « médecines » magiques, les pseudosciences et autres phénomènes paranormaux ont pignon sur rue. Le but dela zététique est de chercher l'origine de ces croyances et d'en chercher les faiblesses epistémologiques, ou de proposer des explications raisonnables aux phénomènes paranormaux.
Pour expliquer les origines de ces croyances, le laboratoire de zététique met en cause :
- La caisse de résonance formée par les médias ;
- La dérive déontologique du milieu journalistique ;
- La courroie de transmission que constitue le milieu éducatif ;
- Le remplacement de la raison par la sensation : substitution du couple "symbole écrit + analyse étayée" par le couple "image visuelle + sensation immédiate".
Moyen de lutte
Démystifier :
- Donner une interprétation scientifique du phénomène ;
- Expliquer quels subterfuges ou quels raisonnements erronés pourraient être utilisés et nous amener à croire à la véracité du phénomène ou de la pseudoscience ;
- Promouvoir le développement de la culture scientifique, notamment à l'école ;
- Apprendre les principes d'une observation scientifique (c'est-à-dire une expérimentation et une recherche impartiale des données) ;
- Apprendre à bien interpréter les résultats, et à en tirer les bonnes conclusions.
La zététique n’est rien d’autre que la méthode scientifique appliquée aux « phénomènes » paranormaux
Comme on le voit, compte tenu de la crédulité croissante due en grande partie au développement de sites et de blogs dont les informations ne sont jamais validées, la tâche risque d’être rude !
L’esprit critique a pour corollaire le faillibilisme, c’est-à-dire la conscience du fait que l’ensemble de notre savoir empirique est provisoire, incomplet et susceptible d’être révisé à la lumière de preuves nouvelles ou de nouveaux arguments. Alan Sokal (cité dans la thèse de Monvoisin)
Après m’être consulté et de manière aussi unilatérale qu’arbitraire, j’ai décidé de faire paraître la rubrique « des nouvelles de l’obscurantisme » avec une fréquence accrue, pour ne pas dire plus saignante.
Le site de l’Observatoire zététique
Site de l’esprit critique (compilation de travaux d’étudiants)
Critique de la thèse de doctorat d’Élisabeth Tessier
Pour une didactique de l’esprit critique thèse de doctorat de Richard Monvoisin, 444 pages à télécharger au format pdf. C’est passionnant.
Le site des Sceptiques du Québec
Michel Tournon


