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31 août 2014 7 31 /08 /août /2014 09:47

Voici un poème que Victor Hugo écrivit un 31 août :

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LES CHÂTIMENTS

LIVRE SIXIEME - LA STABILITE EST ASSUREE

XV - STELLA

 

Je m'étais endormi la nuit près de la grève.

Un vent frais m'éveilla, je sortis de mon rêve,

J'ouvris les yeux, je vis l'étoile du matin.

Elle resplendissait au fond du ciel lointain

Dans une blancheur molle, infinie et charmante.

Aquilon s'enfuyait emportant la tourmente.

L'astre éclatant changeait la nuée en duvet.

C'était une clarté qui pensait, qui vivait ;

Elle apaisait l'écueil où la vague déferle ;

On croyait voir une âme à travers une perle.

Il faisait nuit encor, l'ombre régnait en vain,

Le ciel s'illuminait d'un sourire divin.

La lueur argentait le haut du mât qui penche ;

Le navire était noir, mais la voile était blanche ;

Des goëlands debout sur un escarpement,

Attentifs, contemplaient l'étoile gravement

Comme un oiseau céleste et fait d'une étincelle ;

L'océan, qui ressemble au peuple, allait vers elle,

Et, rugissant tout bas, la regardait briller,

Et semblait avoir peur de la faire envoler.

Un ineffable amour emplissait l'étendue.

L'herbe verte à mes pieds frissonnait éperdue,

Les oiseaux se parlaient dans les nids ; une fleur

Qui s'éveillait me dit : c'est l'étoile ma soeur.

Et pendant qu'à longs plis l'ombre levait son voile,

J'entendis une voix qui venait de l'étoile

Et qui disait : - Je suis l'astre qui vient d'abord.

Je suis celle qu'on croit dans la tombe et qui sort.

J'ai lui sur le Sina, j'ai lui sur le Taygète ;

Je suis le caillou d'or et de feu que Dieu jette,

Comme avec une fronde, au front noir de la nuit.

Je suis ce qui renaît quand un monde est détruit.

Ô nations ! je suis la poésie ardente.

J'ai brillé sur Moïse et j'ai brillé sur Dante.

Le lion océan est amoureux de moi.

J'arrive. Levez-vous, vertu, courage, foi !

Penseurs, esprits, montez sur la tour, sentinelles !

Paupières, ouvrez-vous, allumez-vous, prunelles,

Terre, émeus le sillon, vie, éveille le bruit,

Debout, vous qui dormez ! - car celui qui me suit,

Car celui qui m'envoie en avant la première,

C'est l'ange Liberté, c'est le géant Lumière !

 

31 août, Jersey

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30 août 2014 6 30 /08 /août /2014 09:38

Voici un poème que Victor Hugo a daté du 30 août 1875 : 
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L'ART D'ÊTRE GRAND-PERE

I - A GUERNESEY

VII

Parfois, je me sens pris d'horreur pour cette terre ; 

Mon vers semble la bouche ouverte d'un cratère ; 
               J'ai le farouche émoi 
Que donne l'ouragan monstrueux au grand arbre ; 
Mon cœur prend feu ; je sens tout ce que j'ai de marbre 
               Devenir lave en moi ;

Quoi ! rien de vrai ! le scribe a pour appui le reître ; 
Toutes les robes, juge et vierge, femme et prêtre, 
               Mentent ou mentiront ; 
Le dogme boit du sang, l'autel bénit le crime ; 
Toutes les vérités, groupe triste et sublime, 
               Ont la rougeur au front ;

La sinistre lueur des rois est sur nos têtes ; 
Le temple est plein d'enfer ; la clarté de nos fêtes 
               Obscurcit le ciel bleu ; 
L'âme a le penchement d'un navire qui sombre ; 
Et les religions, à tâtons, ont dans l'ombre 
               Pris le démon pour Dieu !

Oh ! qui me donnera des paroles terribles ? 
Oh ! je déchirerai ces chartes et ces bibles, 
               Ces codes, ces korans ! 
Je pousserai le cri profond des catastrophes ; 
Et je vous saisirai, sophistes, dans mes strophes, 
               Dans mes ongles, tyrans.

Ainsi, frémissant, pâle, indigné, je bouillonne ; 
On ne sait quel essaim d'aigles noirs tourbillonne 
               Dans mon ciel embrasé ; 
Deuil ! guerre ! une euménide en mon âme est éclose ! 
Quoi ! le mal est partout ! Je regarde une rose 
               Et je suis apaisé.

 

30 août 1875

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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 09:18

Voici un poème que Victor Hugo écrivit le 29 août 1875 :

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L'ART D'ÊTRE GRAND-PERE

I - A GUERNESEY

II

Qu'est-ce que cette terre ? Une tempête d'âmes.
Dans cette ombre, où, nochers errants, nous n'abordâmes
Jamais qu'à des écueils, les prenant pour des ports ;
Dans l'orage des cris, des désirs, des transports,
Des amours, des douleurs, des voeux, tas de nuées ;
Dans les fuyants baisers de ces prostituées
Que nous nommons fortune, ambition, succès ;
Devant Job qui, souffrant, dit : Qu'est-ce que je sais ?
Et Pascal qui, tremblant, dit : Qu'est-ce que je pense ?
Dans cette monstrueuse et féroce dépense
De papes, de césars, de roi, que fait Satan ;
En présence du sort tournant son cabestan
Par qui toujours - de là l'effroi des philosophes -
Sortent des mêmes flots les mêmes catastrophes ;
Dans ce néant qui mord, dans ce chaos qui ment,
Ce que l'homme finit par voir distinctement,
C'est, par-dessus nos deuils, nos chutes, nos descentes,
La souveraineté des choses innocentes.
Etant donnés le coeur humain, l'esprit humain,
Notre hier ténébreux, notre obscur lendemain,
Toutes les guerres, tous les chocs, toutes les haines,
Notre progrès coupé d'un traînement de chaînes,
Partout quelque remords, même chez les meilleurs,
Et par les vents soufflant du fond des cieux en pleurs
La foule des vivants sans fin bouleversée,
Certe, il est salutaire et bon pour la pensée,
Sous l'entre-croisement de tant de noirs rameaux,
De contempler parfois, à travers tous nos maux
Qui sont entre le ciel et nous comme des voiles,
Une profonde paix toute faite d'étoiles ;
C'est à cela que Dieu songeait quand il a mis
Les poëtes auprès des berceaux endormis.


29 août 1875

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28 août 2014 4 28 /08 /août /2014 09:06

voici un poème que Victor Hugo a écrit le 28 août 1828 :
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LES ORIENTALES

XXVIII

Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C'est l'haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu'une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D'un nain qui saute
C'est le galop.
Il fuit, s'élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d'un flot.

La rumeur approche.
L'écho la redit.
C'est comme la cloche
D'un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s'écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !... Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l'escalier profond.
Déjà s'éteint ma lampe,
Et l'ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu'au plafond.

C'est l'essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l'espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! - Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu'une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l'enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L'horrible essaim, poussé par l'aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s'abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l'on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu'il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J'irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d'étincelles,
Et qu'en vain l'ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! - Leur cohorte
S'envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L'air est plein d'un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l'on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d'une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d'un vieux toit.

D'étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s'élève,
Et l'enfant qui rêve
Fait des rêves d'or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu'on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s'endort,
C'est la vague
Sur le bord ;
C'est la plainte,
Presque éteinte,
D'une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit...
J'écoute : -
Tout fuit,
Tout passe
L'espace
Efface
Le bruit.

28 août 1828

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 16:13

Voici un poème que Victor Hugo a écrit le 24 septembre 1872 :

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L'ART D'ÊTRE GRAND-PERE

I - A GUERNESEY

I - L'EXILE SATISFAIT
 

Solitude ! silence ! oh ! le désert me tente.

L'âme s'apaise là, sévèrement contente ;

Là d'on ne sait quelle ombre on se sent l'éclaireur.

Je vais dans les forêts chercher la vague horreur ;

La sauvage épaisseur des branches me procure

Une sorte de joie et d'épouvante obscure ;

Et j'y trouve un oubli presque égal au tombeau.

Mais je ne m'éteins pas ; on peut rester flambeau

Dans l'ombre, et, sous le ciel, sous la crypte sacrée,

Seul, frissonner au vent profond de l'empyrée.

Rien n'est diminué dans l'homme pour avoir

Jeté la sonde au fond ténébreux du devoir.

Qui voit de haut, voit bien ; qui voit de loin, voit juste.

La conscience sait qu'une croissance auguste

Est possible pour elle, et va sur les hauts lieux

Rayonner et grandir, loin du monde oublieux.

Donc je vais au désert, mais sans quitter le monde.

Parce qu'un songeur vient, dans la forêt profonde

Ou sur l'escarpement des falaises, s'asseoir

Tranquille et méditant l'immensité du soir,

Il ne s'isole point de la terre où nous sommes.

Ne sentez-vous donc pas qu'ayant vu beaucoup d'hommes

On a besoin de fuir sous les arbres épais,

Et que toutes les soifs de vérité, de paix,

D'équité, de raison et de lumière, augmentent

Au fond d'une âme, après tant de choses qui mentent ?

 

Mes frères ont toujours tout mon cœur, et, lointain

Mais présent, je regarde et juge le destin ;

Je tiens, pour compléter l'âme humaine ébauchée,

L'urne de la pitié sur les peuples penchée,

Je la vide sans cesse et je l'emplis toujours.

 

Mais je prends pour abri l'ombre des grands bois sourds.

Oh ! j'ai vu de si près les foules misérables,

Les cris, les chocs, l'affront aux têtes vénérables,

Tant de lâches grandis par les troubles civils,

Des juges qu'on eût dû juger, des prêtres vils

Servant et souillant Dieu, prêchant pour, prouvant contre,

J'ai tant vu la laideur que notre beauté montre,

Dans notre bien le mal, dans notre vrai le faux,

Et le néant passant sous nos arcs triomphaux,

J'ai tant vu ce qui mord, ce qui fuit, ce qui ploie

Que, vieux, faible et vaincu, j'ai désormais pour joie

De rêver immobile en quelque sombre lieu ;

Là, saignant, je médite ; et, lors même qu'un dieu

M'offrirait pour rentrer dans les villes la gloire,

La jeunesse, l'amour, la force, la victoire,

Je trouve bon d'avoir un trou dans les forêts,

Car je ne sais pas trop si je consentirais.

H.-H., 24 septembre 1872

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27 août 2014 3 27 /08 /août /2014 11:52

TOUTE LA LYRE

LES SEPT CORDES

II

VII

Le matin, les vapeurs, en blanches mousselines,

Montent en même temps ; à travers les grands bois,

De tous les ravins noirs, de toutes les collines,

          De tous les sommets à la fois !

 

Un jour douteux ternit l'horizon ; l'aube est pâle ;

Le ciel voilé n'a plus l'azur que nous aimons,

Tant une brume épaisse à longs flocons s'exhale

          Du flanc ruisselant des vieux monts.

 

On croit les voir bondir comme au temps du prophète,

Et l'on se dit, de crainte et de stupeur saisi :

- Ô chevaux monstrueux ! quelle course ont-ils faite,

          Que leurs croupes fument ainsi ?

Cauterets, 27 août

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25 août 2014 1 25 /08 /août /2014 23:14

Voici un poème que Victor Hugo a daté du 26 août 1852 :
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TOUTE LA LYRE

V

XXV

LETTRE DE L'EXILE ARRIVANT DANS LE DESERT

Tu me dis: Que fais-tu? Rien. Je suis seul. Je rêve. 
Je vais voir si quelqu'un me connaît sur la grève. 
Je cherche à rencontrer dans ces rudes forêts, 
Dans ces monts, quelque ami tragique que j'aurais, 
Quelque bon vieil écueil bien. battu de l'abîme, 
Quelque sapin cassé d'une façon sublime;
Un roc ayant le deuil et n'ayant pas l'effroi. 
Je parle à l'océan, et je lui dis: C'est moi.
Alors nous nous mettons àcauser, lui plein d'ombre, 
Mêlant un conseil grave à ses rumeurs sans nombre, 
Et redisant toujours dans l'écume et les vents
La même phrase: Aimez, car vous souffrez, vivants! 
Moi, songeur et distrait par la barque qui vogue. 
Le tonnerre souvent prend part au dialogue; 
Cette interjection, l'éclair, tombe du ciel.

La mer me plaît; on sent sa vertu dans son fiel. 
Elle assainit la terre à force d'amertume. 
Je l'aime. Aussi l'aller trouver est ma coutume
Quand je sens dans mon coeur monter sous le ciel bleu 
L'âpre indignation qui questionne Dieu. 
Elle me calme avec son souffle de nuée. 
Ma douleur dans ses flots s'endort diminuée.

On médite en voyant des prodiges entiers. 
Je fraternise avec le gouffre volontiers..
Les proscrits sont des gens qui content leurs affaires 
Aux vagues dans l'orage et dans la nuit aux sphères; 
Nous ouvrons nos coeurs fiers et forts, quoique mouvants, 
A ces premiers venus farouches, tous les vents; 
Et l'on finit par prendre une altière habitude 
De tutoiement avec la sombre solitude.
De là l'apaisement. O vastes cieux vainqueurs! 
L'autan passe, arrachant l'écume de nos coeurs; 
Et quand sur notre haine et sur notre colère 
S'est d'en haut répandu l'immense bruit polaire, 
Quand la foudre nous a regardés dans les yeux, 
Que reste-t-il d'un homme honnête et furieux?
Un sage. On sonde mieux le mystère où nous sommes 
Devant ces grands flots noirs, moins troubles que les hommes; 
On sent qu'en ce chaos un monde est à l'essai; 
On confronte, attentif, le faux gouffre et le vrai, 
La trahison dé l'homme et l'embûche de l'onde; 
On contemple les plis de l'eau rauque et profonde, 
On s'ouvre à la candeur comme eux à l'alcyon, 
Et l'on devient pensif dans la proportion 
Du prodige, et l'on sent que le courroux s'efface 
Sous ce flot calme au fond et fauve à la surface. 
On croit voir dans son âme obscure le lever 
D'un astre; et c'est cela qui vient de m'arriver.

J'ai vu tant de néants, tant d'hommes et de choses, 
Tant d'immobilités, tant de métamorphoses,
Que je suis las. Après tous ces chiens, tous ces loups, 
Dupin, Montalembert, Veuillot, Proudhon, Falloux, 
Après l'oison qui glousse, après le chat qui grince, 
Après ce reître, après ce juge, après ce prince, 
Après ces nains, ces fous, ces gueux, ces intrigants, 
J'ai le goût des éclairs, j'aime les ouragans, 
J'entre dans cette énorme et formidable fête,
L'onde, et je me repose, ami, dans la tempête.

26 août 1852.

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 23:07
Voici un poème que Victor Hugo a daté du 25 août 1828 :
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LES ORIENTALES
XXV
Malédiction

Qu'il erre sans repos, courbé dès sa jeunesse,
En des sables sans borne où le soleil renaisse
          Sitôt qu'il aura lui !
Comme un noir meurtrier qui fuit dans la nuit sombre,
S'il marche, que sans cesse il entende dans l'ombre
          Un pas derrière lui !

En des glaciers polis comme un tranchant de hache,
Qu'il glisse, et roule, et tombe, et tombe et se rattache
          De l'ongle à leurs parois !
Qu'il soit pris pour un autre, et, râlant sur la roue,
Dise : Je n'ai rien fait ! et qu'alors on le cloue
          Sur un gibet en croix !

Qu'il pende échevelé, la bouche violette !
Que, visible à lui seul, la mort, chauve squelette,
          Rie en le regardant !
Que son cadavre souffre, et vive assez encore
Pour sentir, quand la mort le ronge et le dévore,
          Chaque coup de sa dent !

Qu'il ne soit plus vivant, et ne soit pas une âme !
Que sur ses membres nus tombe un soleil de flamme
          Ou la pluie à ruisseaux !
Qu'il s'éveille en sursaut chaque nuit dans la brume,
Et lutte, et se secoue, et vainement écume
          Sous des griffes d'oiseaux !

25 août 1828

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24 août 2014 7 24 /08 /août /2014 22:56

Voici un poème que Victor Hugo a daté du 24 août 1854 :
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LES QUATRE VENTS DE L'ESPRIT

LE LIVRE LYRIQUE

LA DESTINEE

XXXVIII 

Ô mon âme, en cherchant l’azur, ton vol dévie.
Restons dans le devoir : le devoir, c’est la vie.
Rentrons au noir foyer des hommes ; essayons
La chaîne des captifs ; fais-toi, dans ce lieu sombre,
               La servante de l’ombre,
               Ô fille des rayons !

Reprenons le labeur des saintes délivrances ;
Faisons la fonction divine des souffrances ;
Remettons notre lèvre à l’éponge de fiel ;
Continuons les pleurs, les deuils, la lutte austère ;
               Revenons à la terre
               Pour retourner au ciel.

 

24 août 1854.

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 22:46

Voici un poème que Victor Hugo a daté du 21 août, sans mention de l'année :

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L'ART D'ÊTRE GRAND-PERE

ENFANTS, OISEAUX ET FLEURS

V - ORA, AMA

Le long des berges court la perdrix au pied leste. 
  
Comme pour l’entraîner dans leur danse céleste, 
Les nuages ont pris la lune au milieu d’eux. 
Petit Georges, veux-tu ? nous allons tous les deux 
Nous en aller jouer là-bas sous le vieux saule. 
  
La nuit tombe ; on se baigne ; et, la faulx sur l’épaule, 
Le faucheur rentre au gîte, essuyant sa sueur. 
Le crépuscule jette une vague lueur 
Sur des formes qu’on voit rire dans la rivière. 
  
Monsieur le curé passe et ferme son bréviaire ; 
Il est trop tard pour lire, et ce reste de jour 
Conseille la prière à qui n’a plus l’amour. 
Aimer, prier, c’est l’aube et c’est le soir de l’âme. 
  
Et c’est la même chose au fond ; aimer la femme, 
C’est prier Dieu ; pour elle on s’agenouille aussi. 
Un jour tu seras homme et tu liras ceci. 
En attendant, tes yeux sont grands, et je te parle, 
  
Mon Georges, comme si je parlais à mon Charle. 
Quand l’aile rose meurt, l’aile bleue a son tour. 
La prière a la même audace que l’amour, 
Et l’amour a le même effroi que la prière. 
  
Il fait presque grand jour encor dans la clairière. 
L’angélus sonne au fond de l’horizon bruni. 
Ô ciel sublime ! sombre édifice infini ! 
Muraille inexprimable, obscure et rayonnante ! 
  
Oh ! comment pénétrer dans la maison tonnante ? 
Le jeune homme est pensif, le vieillard est troublé, 
Et devant l’inconnu, vaguement étoilé, 
Le soir tremblant ressemble à l’aube frissonnante. 
  
La prière est la porte et l’amour est la clé.

21 août

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