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29 juin 2008 7 29 /06 /juin /2008 11:20
Exercice de discernement N°2


M.T.
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27 juin 2008 5 27 /06 /juin /2008 13:26
    Hier, dans la soirée, je bullais devant la télé (j’ai essayé derrière, mais il n’y a pas suffisamment de place), quand tout à coup, à la fin du journal de 20 heures, sur la deuxième chaîne, l’auriculothérapie est évoquée dans un reportage de quelques  minutes.

     En tant qu’apprenti zététicien, je convoque mes meilleurs neurones, car, comme vous le savez déjà, quand je suppute, le doute m’habite.

     Je vois et j’entends un médecin (habillé de blanc, bien sûr) affirmer que cette forme de thérapie est extrêmement efficace. Ensuite, s’affiche à l’écran une animation montrant que nos différents organes sont reliés à nos oreilles, et qu’il suffit de planter une aiguille au bon endroit de l’oreille pour ne plus souffrir. Et bien sûr, en guise de preuve scientifique, point d’évaluation selon un protocole reconnu, mais les inévitables témoignages de personnes attestant avoir été soulagées par cette pratique. Pour finir, le médecin, nommé Alimi, affirme que cette thérapie est pleine d’avenir et que malheureusement, on ne trouvait en France que deux cents médecins formés à cette pratique.

    Comme dans un dessin animé de Tex Avery, ma mâchoire est tombée sur mes rotules avec l’élégance d’une enclume en goguette un soir de paye. Le Service Public suppôt de l'obscurantisme ?  À moi Google, yahoo et Altavista

    Ouf, la première occurrence dans Google lorsque l’on saisit « auriculothérapie » est le site charlatans.info, dans lequel il est écrit :

Comme dans la majorité des cas de médecines parallèles, l'auriculothérapie n'a jamais été confirmée scientifiquement, ses équivalences physiologiques entre l'oreille, le système nerveux du pavillon et les organes du corps n'ont jamais été établis, son efficacité est inexistante et ses fondements hautement douteux voire totalement ésotériques. Ses concepts reposent en fait sur des correspondances embryologiques sans fondements empiriques mais à contrario uniquement mystiques et hermétiques où le foetus possède une position magique en relation directe avec la  santé.

 Dans Wikipédia

À ce jour, le modèle théorique de l'auriculothérapie n'a pas été scientifiquement validé. De plus, pour certains, les connaissances médicales actuelles ne soutiennent pas ses hypothèses. Pour l'OMS, les résultats cliniques obtenus justifieraient un approfondissement neurophysiologique qui tarde à venir.

Sa pratique a été contestée en France par un arrêt du Journal Officiel (voir ce lien)  : une équipe de commerciaux non-médecins s'est vue privée de toute publicité dans la mesure où pour cette technique aucune preuve scientifique n'a été apportée.  Mais elle ne l'est plus à l'heure actuelle, étant assimilée du point de vue de sa pratique à de l'acupuncture, sans pour autant trouver ses fondements dans la médecine traditionnelle chinoise.

    Comme je suis un être profondément honnête, je précise que l’immense majorité des articles concernant l’auriculothérapie, trouvés sur le Net, vante cette thérapie et propose de soulager vos douleurs ainsi que votre portefeuille. Bien évidemment, dans ces articles, pas plus de preuves scientifiques que de moralité dans le cerveau d’un agent immobilier. Remarquons au passage  que, comme pour l’acupuncture, ses caciques affirment que sa pratique calme les douleurs. Il se fait également que c’est en matière de douleur que l’effet placebo est le plus efficace, ce qui nous permet de ne pas douter de la sincérité des personnes qui témoignent de l’efficacité de ces thérapies. Malheureusement, l’intensité douloureuse et son ressenti sont difficilement quantifiables.

    L’efficacité de l’auriculothérapie est donc du même ordre que celle de l’acupuncture, l’homéopathie, l’iridologie et la queue de lézard bouillie dans de l’urine d’anguille tuberculeuse.

    Sur ce site : les caractéristiques communes à toutes les pseudomédecines. Si vous voulez passer un bon moment, rendez-vous sur le blog de mon ami Boisvert ici et .

    À quand une information concernant l’astrologie au journal télévisé du service public ? On passerait ensuite à une émission de déco avec des conseils d’installation selon le Feng-Shui et on terminerait la soirée par une émission scientifique montrant Uri Geller tordre des cuillers à distance.

    J’ai comme un malaise ; je vais avaler quelques granules homéopathiques pour calmer mes angoisses…

Michel Tournon

 

 

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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 17:59

Leçon 1 : faire preuve de discernement.


M.T.
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26 juin 2008 4 26 /06 /juin /2008 09:55
Bon, je l’ai casé mon jeu de mot à deux balles… La diffusion, à cause du Net, d’informations paranormales, de pseudosciences ou pseudo médecines, d’intégrismes religieux de tous poils, etc., m’ont incité à créer, sur ce blog, la rubrique « Des nouvelles de l’obscurantisme ».

 La caractéristique commune de ceux qui adhèrent à ces thèses, et parfois de ceux qui les profèrent, est le manque d’un esprit critique élémentaire, voire d’un scepticisme de précaution qui empêcherait de prendre des vessies pour des lanternes et d’ainsi éviter de communiquer sa cystite à son lampadaire.

 L’attitude sceptique remonte à l’Antiquité grecque mais sous forme de questionnement afin de trouver une éventuelle faille de raisonnement (maïeutique de Platon) ou dans le but de suspendre un jugement, en estimant que les raisons opposées se valent (Pyrrhon d’Élis). Dans tous les cas, il s’agit d’une attitude philosophique stérile qui ne débouche sur aucune connaissance nouvelle.

 Le scepticisme est la posture philosophique dont la zététique est le bras armé. Le mot sceptique vient d’un mot grec signifiant « examiner », alors que zététique  provient d’un mot grec signifiant « rechercher ». La zététique, c’est utiliser le doute comme un moyen et non comme une fin. Son représentant le plus connu en France, le Professeur Henri Broch, la définit comme « l’Éducation à l’esprit critique » et comme « l’Art du doute », le mot « Art » étant pris dans son sens médiéval (Ars), c’est-à-dire voisin d’habileté.

Principes
Les principes qui suivent sont issus d’un Copier/Coller d’une partie de l’article concernant la zététique sur
Wikipédia

L'astrologie, la parapsychologie, les « médecines » magiques, les pseudosciences et autres phénomènes paranormaux ont pignon sur rue. Le but dela zététique est de chercher l'origine de ces croyances et d'en chercher les faiblesses epistémologiques, ou de proposer des explications raisonnables aux phénomènes paranormaux.

Pour expliquer les origines de ces croyances, le laboratoire de zététique met en cause :

- La caisse de résonance formée par les médias ;
- La dérive déontologique du milieu journalistique ;
- La courroie de transmission que constitue le milieu éducatif ;
- Le remplacement de la raison par la sensation : substitution du couple "symbole écrit + analyse étayée" par le couple "image visuelle + sensation immédiate".

Moyen de lutte 

Démystifier :
- Donner une interprétation scientifique du phénomène ;
- Expliquer quels subterfuges ou quels raisonnements erronés pourraient être utilisés et nous amener à croire à la véracité du phénomène ou de la pseudoscience ;
- Promouvoir le développement de la culture scientifique, notamment à l'école ;
- Apprendre les principes d'une observation scientifique (c'est-à-dire une expérimentation et une recherche impartiale des données) ;
- Apprendre à bien interpréter les résultats, et à en tirer les bonnes conclusions.

La zététique n’est rien d’autre que la méthode scientifique appliquée aux « phénomènes » paranormaux

Comme on le voit, compte tenu de la crédulité croissante due en grande partie au développement de sites et de blogs dont les informations ne sont jamais validées, la tâche risque d’être rude !

L’esprit critique a pour corollaire le faillibilisme, c’est-à-dire la conscience du fait que l’ensemble de notre savoir empirique est provisoire, incomplet et susceptible d’être révisé à la lumière de preuves nouvelles ou de nouveaux arguments. Alan Sokal (cité dans la thèse de Monvoisin

Après m’être consulté et de manière aussi unilatérale qu’arbitraire, j’ai décidé de faire paraître la rubrique « des nouvelles de l’obscurantisme » avec une fréquence accrue, pour ne pas dire plus saignante.

Le site de l’Observatoire zététique

Site de l’esprit critique (compilation de travaux d’étudiants)

Critique de la thèse de doctorat d’Élisabeth Tessier

Laboratoire de zététique

L’esprit critique (Wikipédia) 

Pour une didactique de l’esprit critique thèse de doctorat de Richard Monvoisin, 444 pages à télécharger au format pdf. C’est passionnant.

Le site des Sceptiques du Québec

Michel Tournon

 

 


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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 08:59

Les médecines douces tuent en douce.

« Si cela ne fait pas de bien, cela ne fera pas de mal » dit-on habituellement d'un traitement issu d'une patamédecine (homéopathie, acupuncture, naturopathie, urinothérapie, etc.). Cette assertion est aussi fausse qu'une Rolex achetée au bazar d'Istanbul ! Ce n'est pas par hasard que les charlatans qualifient de « douces » leurs pratiques : en choisissant ce terme, ils jettent explicitement le discrédit sur la médecine conventionnelle puisque par opposition, on ne pourra que la qualifier de « dure » pour établir un distinguo. C'est la stratégie habituelle des patamédecines : en décrétant de manière péremptoire et non réfutable ce qui est et ce qui ne n'est pas, cette démarche s'accordant avec le refus d'évaluation de leurs résultats selon des protocoles reconnus par le monde scientifique, elles essaient d'exister. N'oublions pas que le mot allopathie a été inventé et imposé par nos amis obscurantistes les homéopathes... Pour moi, il s'agit de médecines douces parce qu'elles s'exercent  en douce, de la part du charlatan comme de la part du patient, vu l'interdiction de l'acte médical par un non-médecin.

Malheureusement, les faits vont à l'encontre de cette « douceur ». Connectez-vous sur ce site 

Ce site répertorie les morts et blessés consécutifs à certaines pratiques : médecines non conventionnelles, religions, théorie de la conspiration... On y trouve aussi les dégâts consécutifs à l'obéissance aveugle aux indications du GPS qui peut aboutir à un tragique accident! Le site est en anglais. Toutefois, même si vous avez fait Mongol première langue au lycée, vous devriez comprendre l'essentiel.

Un extrait de la rubrique Iridology :

Isabella Denley. Age 13 months. Kew, Victoria, Australia.

Died (untreated epilepsy) October, 19, 2002.

 

 

Isabella was prescribed medications for her epilepsy. Instead of using
them, her parents consulted an iridologist, a kinesiologist, a psychic
and an osteopath. She was being treated purely with homeopathic medication when she died.


Source : ici et .

Consternant, n'est-il pas vrai ?

Michel Tournon

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3 mars 2008 1 03 /03 /mars /2008 14:10

Sectes, patamédecines et pseudosciences

 
      Le mariage entre les sectes, les patamédecines et les pseudosciences est une évidence, tant les uns et les autres reposent sur les mêmes fondements, attirant fatalement le même type de personnalité. Vous avez dû remarquer comme moi que certaines personnes ne ratent pas une occasion de se gourer et que leur vie est un enfilage aussi télescopique que systématique de mauvais choix successifs. Personnellement, j’adore leur compagnie parce qu’il suffit se prendre les options inverses des leurs pour ne pas se gourer et patauger dans des emmerdements poisseux de toute nature. Dommage que le contraire d’un nombre n’existe pas, car il suffirait de jouer le contraire des nombres qu’ils ont choisis pour gagner au loto ou au PMU…

 

      Leur fondement essentiel est la croyance : le scientologue, le témoin de Jéhovah, le raëlien  croient, comme l’adepte de l’homéopathie, l’acupuncture, l'aromathérapie, l’iridologie, etc. La liste des mouvements à caractères sectaires croît (!) dangereusement (voir les rapports Miviludes) et celle des pseudosciences et autres thérapies cocasses aussi. Si l’on y ajoute certaines méthodes de coaching, de relaxation, de pensées positives arrosées d’un trait de Feng-shui, je me dis que ce manque ce discernement, ce refus de la démarche scientifique, cette attirance vers l’ésotérisme voire l’occultisme va conduire rapidement le mécréant que je suis sur le premier bûcher venu. Perso, j’aime bien que l’hérésie danse, pas forcément secondaire. Les points de concours sont nombreux :

         -      à la base on trouve souvent un homme ou un quasi-dieu

- on se réfère à un événement non prouvé ou non validé scientifiquement (impossible à reproduire) dans lequel l’homme de référence évoqué précédemment est impliqué.
- 
en guise de preuve, on raconte des anecdotes dont l’ancienneté rend souvent la vérification impossible, ce qui, paradoxalement, renforce leur crédibilité ;

-   on a recourt aux « produits naturels » (bonjour l’amanite phalloïde et le curare !) ;
-    l’approche est toujours de type holistique, ce qui permet d’amalgamer boyaux de la tête et boyaux du ventre ;
- on recourt aussi très souvent à la privation alimentaire via des « régimes » farfelues, voire des jeûnes sévères ;
-  on profite de la douleur ou du désarroi de son prochain pour recruter ou pour leur vendre sa camelote idéologique ou concrète, voire en prétendant guérir ;
-  les adeptes semblent parfois très ouverts (faut bien recruter !) mais sitôt que l’argumentation des opposants les gênent ils se posent en victimes persécutées et fuient systématiquement les débats dans lesquels leur point de vue risque d’être aussi solide qu’un château de sable un jour de tsunami ;
-  dans les deux cas, la recherche de la pureté physique et mentale et de pensées positives représente l’essentiel de la quête.

    Sectes, patamédecines et pseudosciences s’entendent donc comme larrons en foire ou lardons en frisée. C’est un peu la métaphore de l’œuf et de la poule, mais dans tous les cas de figure ces pratiques hautement toxiques peuvent déboucher sur des drames mal recensés car personne ne se vante de s’être fait rouler dans la farine par des gourous promettant le Nirvana.

Michel Tournon

Quelques sites dignes d'intérêt :

Vigi-sectes
 
Médecines alternatives marginales 

Info-secte 
 Miviludes 
 
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23 février 2008 6 23 /02 /février /2008 00:45

La preuve sociale

      Au pays des charlatans, le recours à la preuve sociale est d’autant plus séduisant qu’il semble difficile à réfuter. Comme le disait ma voisine « Tout le monde font comme ça », il n’y a donc aucune raison de faire autrement.

       La preuve sociale, c’est l’argument du nombre. Le charlatan, pour vous vendre son idéologie ou sa camelote, revendique un nombre plus ou moins important d’adeptes ou d’utilisateurs pour vous inciter à devenir vous-même adepte ou utilisateur. Point d’évaluation objective, point d’étude clinique ou comparative : seul le nombre compte. Les publicitaires utilisent fréquemment « la preuve sociale » : vu à la télé, pour un livre 100 000 exemplaires vendus, etc. Il s’agit là d’une technique manipulatoire dangereuse car elle fait appel à un prétendu « bon sens » (celui du nombre), s’exerçant au détriment d’un raisonnement logique.

       En France, beaucoup affirment que, vu le nombre de médecins homéopathes (qui n’est d’ailleurs en aucun cas une spécialité médicale reconnue) et le nombre d’adeptes de l’homéopathie, cette « médecine » doit forcément fonctionner. Toutefois, aucune étude à ce jour (il y en a eu beaucoup) ne permet d’affirmer que l’homéopathie soigne plus que l’effet placebo. C'est comme si l'on devait se convertir au catholicisme ou à l'islam parce que les représentants de ces religions sont environ deux milliards sur la Terre... Vu que je suis athée, Dieu m'en préserve.

      La preuve sociale est donc une métaphore des moutons de Panurge,  parfois étayée par des témoignages ou des anecdotes, faute d’arguments objectifs.
       Extrait du site charlatans.info :

  Le principe de la preuve sociale, associé à celui de l'ignorance collective, veut faire de nous de véritables moutons de Panurge. Ces phénomènes, relevant de la psychologie sociale, sont parfaitement connus et maîtrisés par les charlatans, c'est ce qui leur permet de parer à l'absence de recherches dans leurs domaines propres, et l'absence d'éléments de preuves scientifiques venant soutenir leurs déclarations, faisant reposer la décision de leurs clients potentiels sur l'argument du nombre de clients ou d'adeptes, la conduite des autres devant nous indiquer le comportement à suivre dans un cas identique face à des affirmations similaires. C'est la raison pour laquelle le témoignage ou l'anecdote sont des éléments clés pour les vendeurs en tous genres, et tous les raconteurs d'histoires un tant soi peu étranges ou "surnaturelles". À cela s'ajoute le principe de similarité qui veut que l'on écoutera et qu'on suivra davantage un témoin, ou un groupe de personnes, nous ressemblant plus que quelqu'un à l'opposé de nos standards sociaux.

     La prétendue efficacité des patamédecines et autres pseudosciences n'est étayée que par la profusion des témoignages et anecdotes : la quantité (parfois inventée) n'a jamais été synonyme de qualité... Sinon, la croyance prime sur le raisonnement.

 

      Nous sommes tous influencés par le comportement des autres que nous avons tendance à imiter s’ils sont nombreux à posséder ledit comportement et si l’on n’a pas d’information pour nous faire une opinion sur une situation donnée. Nous imitons d’autant plus facilement que cette action est simple à effectuer.

       On doit donc se méfier de l’avis des autres en examinant soigneusement leurs arguments. Sinon, asinus asinum fricat...

Quelques références : sur ce site, celui-ci ou celui-là.
Et aussi cette page et la bibiographie qu'elle propose.

Michel Tournon

 

 
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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 13:22
           Continuons notre promenade au pays des sophismes et autres arguments fallacieux qu’utilisent fréquemment les obscurantistes pour répandre leurs âneries sous des dehors de raisonnement logique.

            À cet égard, l’argument post hoc ergo propter hoc mérite une explication car ce sophisme est fréquemment accepté comme une vérité incontestable. En gros, pour ceux qui n’ont étudié que l’espéranto comme langue morte, en latin, cette expression signifie : à la suite de cela, donc à cause de cela. Bon nombre de croyances et de superstitions relève de ce raisonnement qui confond la temporalité et la causalité : cet événement s’est produit parce qu’un autre événement l’a précédé. L’erreur consiste donc à considérer l’ordre des événements plutôt que d’envisager des relations qui excluraient cet ordre. On voit l’ampleur des impostures dues à l’utilisation de ce raisonnement puisque l’établissement de relations de cause à effet est une pratique répandue en politique, en économie, dans la démarche scientifique, en médecine, etc.

              Avec l’argument péremptoire (je le dis, donc c’est vrai), l’argument post hoc ergo propter hoc est un des fondements des différentes patamédecines qui font florès, en particulier grâce à Internet. La raison en est simple : les patamédecines et autres pseudosciences refusent l’évaluation rationnelle de leur efficacité ou de leur validité. Et quand ces évaluations sont effectuées selon des études fondées sur des protocoles scientifiquement et universellement reconnus, elles sont négatives. Lors, comment continuer à vendre son idéologie ou sa camelote ? Tout simplement en utilisant des arguments bancals et l’argument qui met en cause l’antériorité, voire l’ancienneté, associé parfois à l’argument du nombre, semble toujours frappé au coin du bon sens, d’autant qu’il n’est pas forcément obligatoire d’être équipé d’un Q.I. à trois chiffres pour le comprendre. Un exemple : "l’acupuncture marche forcément puisque des millions de personnes la pratiquent depuis plusieurs millénaires". C’est l’argument classique des conservateurs : tout le monde a toujours fait comme ça, pourquoi changer ? Et surtout, n'utilisons pas les techniques modernes permettant de vérifier statistiquement la validité d'une telle affirmation ! Les charlatans des médecines dites "naturelles" tentent de prouver les bienfaits de leurs soins par cet argument facile à gober puisque les deux événements énoncés sont indubitablement authentiques : je bois du jus de pamplemousse tous les matins et je n'ai jamais la grippe, donc le jus de pamplemousse empêche d'attraper la grippe. Un esprit rationnel n'envisagerait même pas de prononcer une telle conclusion qui relève de la pensée magique. Mais trouve-t-on des esprits rationnels chez les adeptes des médecines parallèles ? Et puis la magie des choses est tellement plus attirante que la dure réalité des faits, ressentie souvent comme une désespérance par les adeptes des patamédecines. Les démarches religieuses et sectaires sont aussi de cette nature.

                Les exemples de relation de cause à effet inappropriée sont nombreux et dépendent des croyances de chacun : on imputait aux passages des comètes des catastrophes « naturelles » (épidémie, famine…), on brûlait les sorcières à cause de ces mêmes épidémies ou famines, on reconnaît qu’une astrologue a des talents divinatoires car elle a prédit une catastrophe qui  forcément aura lieu un jour ou l’autre. Tout cela a autant de sens que d’affirmer qu’on a gagné au loto parce que la veille on a bu un verre de pisse.

               Finissons sur une croyance bien répandue qui n’a strictement aucun fondement. On a toujours dit que les soirs de pleine lune, les femmes accouchaient plus fréquemment. Rien n’est plus facile que de vérifier cette affirmation pour les décennies précédentes puisque les soirs de pleines lunes, on les connaît,  et que les naissances sont enregistrées. En conséquence, si corrélation il y a, il sera facile de la démontrer. Résultat : il n’y a absolument aucune augmentation significative des naissances les nuits de pleine lune… Malgré tout, cette croyance possède un fondement, car les soirs de pleine lune, beaucoup de femmes sont certaines qu’elles vont  accoucher ; alors, elles se présentent à la maternité, ce qui engendre un surcroît d’activité, jusqu’au moment ou elles rentrent tranquillement chez elles en attendant l’échéance naturelle.

        Pour ceux qui connaissent la blague, c’est l’équivalent de ce que dit l’indien : « Homme blanc qui coupe du bois annonce un hiver froid ».

Michel Tournon

Un lien intéressant parmi d'autres

 

 

 
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15 janvier 2008 2 15 /01 /janvier /2008 10:57
Quand je suppute, le doute m'habite (3)
    Continuons notre promenade au pays des arguments fallacieux qui servent fréquemment de béquilles vermoulues aux discours obscurantistes. Après la pétition de principe et l’argument d’ignorance, penchons nous sur le discours du plus grand des gourous : ce cher Sigmund.

      La rhétorique freudienne est un modèle d’argumentations d’autant plus fallacieuses qu’elle se présente sous l’aspect de vérités premières, énoncées de manière péremptoire alors, qu’il ne s’agit que d’une enfilade d’hypothèses jamais vérifiées, le tout constituant un dogme offrant peu de prise à la réfutation.
Mais bon, on sait que le nombre des croyants est toujours inversement proportionnel à la solidité de l’argumentation du gourou…
     Dans Sigmund est fou et Freud a tout faux de René Pommier (Éditions de Fallois, sortie prévue le 16 janvier 2008, 196 pages - 18 euros), l’auteur a collecté de manière non exhaustive les « facéties rhétoriques » utilisées par Freud pour asseoir son discours.

« Nous savons, grâce à notre travail d'interprétation, que nous pouvons découvrir dans les rêves un contenu latent, bien plus significatif que leur contenu manifeste. » (L'Interprétation des rêves, p. 148) ;
« Il est clair qu'il s'agit d'une femme qui urine »
(ibid., p. 179) ;

« On ne saurait douter de l'exactitude de cette interprétation »
(ibid., p. 179) ;

« Un fait demeure absolument certain : la formation du rêve repose sur une condensation »
(ibid., p. 244) ;

« Sachons aussi dès maintenant que le déplacement est un fait indubitable »
(ibid., p. 267) ;

« Personne ne peut méconnaître que toutes les armes et tous les outils sont des symboles du membre viril : charrue, marteau, fusil, revolver, poignard, sabre, etc. »
(ibid., p. 306) ;

« On sait que dans le rêve l'escalier et l'action de monter l'escalier symbolisent presque toujours le coït »
(ibid., p. 318) ;

« Le sens sexuel de ce rêve n'est pas douteux »
(ibid., p. 332) ;

« C'est certainement un bon exemple de cauchemar très commun et incontestablement sexuel »
(ibid., p. 496) ;

« Il ne peut s'agir là aussi que de sexualité méconnue et repoussée »
(ibid., p. 497) ;

« Leur signification symbolique est incontestable »
(Introduction à la psychanalyse, p. 183) ;
« Les escargots et les coquillages sont incontestablement des symboles féminins »
(ibid., p. 184) ;

« Ce symbole signifie certainement la castration »
(ibid., p. 185) ;

« Habits, uniformes sont, nous le savons déjà, des symboles destinés à exprimer la nudité, les formes du corps »
(ibid., p. 186) ;

« Échelle, escalier, rampe, ainsi que l'acte de monter sur une échelle, etc., sont certainement des symboles exprimant les rapports sexuels »
(ibid.) ;

« La clef qui ouvre est incontestablement un symbole masculin » (
ibid., p. 187) ;

« Nous pouvons, sans risque de nous tromper, intervertir les situations et admettre que c'est le fils qui interroge »
(ibid., p. 232) ;

« Nos observations nous ont montré de manière certaine que la force psychique et physique d'un désir est bien plus grande quand il baigne dans l'inconscient que lorsqu'il s'impose à la conscience » (Cinq Leçons sur la psychanalyse, p. 77).

    Le génie de Freud est certainement d’avoir créé un monde virtuel organisé autour d’une multitude d’affirmations qu’on pourrait qualifier de gratuites si les thérapies analytiques n'étaient pas payantes.  

    Cette énumération est plus inquiétante que savoureuse quand on sait qu’en France la grande majorité des psys est d’obédience freudienne et que leur pouvoir de nuire est immense : justice, santé, travail, éducation…

Michel Tournon

 

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8 janvier 2008 2 08 /01 /janvier /2008 12:25

L'iridologie : la divagation oculaire (de lune)

    Parmi toutes les patamédecines remises ou goût du jour par le New Age, il en est une qui mérite toute notre attention car son histoire est édifiante (même pas de pigeon) : l'iridologie.

    D'abord, parce qu'elle prétend déboucher sur un diagnostic de santé passé ou à venir et qu'il est donc très facile d'en vérifier l'efficacité. Ensuite parce ce qu'elle constitue un terreau fertile d'où sont nés une multitude de docteurs Maboul exerçant illégalement la médecine. Enfin et surtout parce certaines de ses figures les plus éminentes ont été obligés de reconnaître son imprécision voire son inefficacité totale. Mais, malgré tout, cette imposture se porte à merveille : tapez « iridologie » dans un moteur de recherche, vos comprendrez mon inquiétude...

L'iridologie : rien que les yeux pour leurrer

    Il est toujours intéressant de laisser la parole aux charlatans lorsqu'ils tentent de définir leur pratique obscurantiste :

"A cette lointaine époque, l'homme contemplait le ciel, observait la nature, ainsi que les différents rapports qui existent entre les êtres, les choses, les évènements. Cette observation l'a amené à constater qu'il existe une correspondance entre le corps humain divisé en douze parties et les douze signes de la zone zodiacale; c'est ainsi que les lois de la terre et du ciel s'interpénétrèrent et que l'homme de ces temps reculés regardait les yeux pour connaître l'état de la santé"

(G. JAUSAS, Traité pratique d'iridologie médicale, 1983)

    J'espère que le sérieux du fondement scientifique de l'iridologie ne vous aura pas échappé : le globe oculaire est une boule de cristal qu'il suffit d'observer pour diagnostiquer votre future crise cardiaque, le tout en fonction des signes zodiacaux.

L'iridologie : des résultats louches

    Bien évidemment, toutes les validations de cette « méthode » farfelue ont échoué. Voir les détails savoureux de ces échecs au bas de cet article*. Le plus cocasse, c'est que les cartes iridiennes ne sont pas les mêmes partout ce qui fait qu'un charlatan vous prédira un ulcère de l'estomac là ou un autre prévoira un ongle incarné. Devant la mise en évidence de cette imposture, même certains de ses pontes on fait marche arrière :

"Aujourd'hui elle proclame que les messages iriens n'apparaissent pas toujours. Ils précèdent la maladie mais pas toujours, ils ne s'expriment qu'à certains âges de la vie et pas en permanence. La prédisposition n'est pas le signe obligatoire d'une maladie, les signes iriens persistent après la guérison et il existe des maladies qu'aucun signe irien ne justifie."
(ibidem)

    Si le grand prix du n'importe quoi majuscule existait, l'iridologie serait hors-concours ! Et crise sur le gâteux, pardon, cerise sur le gâteau, le pape de l'iridologie lui-même, Bernard Jensen, à la fin de sa vie, a émis les plus grandes réserves sur l'efficacité de cette pratique. Malgré cela, l'iridologie est une patamédecine et un marché qui se portent bien...

Et comme il est dit sur ce site :

L'iridologie n'est pas simplement sans valeur. Les diagnostics incorrects peuvent inutilement effrayer des personnes, les faire gaspiller de l'argent en cherchant des soins pour des maladies inexistantes.  Elle peut surtout les orienter loin des soins médicaux nécessaires quand un problème réel est négligé.

   

En cela, elle rejoint la cohorte grandissante des patamédecines qui surfent sur la vague du Net pour répandre des principes aussi farfelus que dangereux.

Ci-dessous une cartographie de mon oeil gauche

Michel Tournon


*Textes empruntés au site http://www.allerg.qc.ca/iridologie.html relatant  les différentes évaluations scientifiques de diagnostics effectués  par des iridologues réputés.

Bernard Jensen, D.C., le plus célèbre des iridologues américains, déclare que "la nature nous a donné un écran de télévision miniature qui nous montre les parties les plus lointaines du corps par le biais de réponses nerveuses réflexes". Il maintient aussi que les analyses de l'iridologie sont plus fiables et "offrent beaucoup plus d'information au sujet de la santé du corps que les examens de la médecine occidentale". Toutefois, en 1979 lui et deux de ses collègues n'ont pas réussi un examen scientifique durant lequel ils ont examiné des photos des yeux de 143 personnes dans le but de déterminer lesquelles avaient des problèmes rénaux. (Quarante-huit avaient préalablement été reconnus malades avec un test standard de fonction rénale. Le reste avait une fonction rénale normale.) Les trois iridologues n'ont pas pu démontrer une habilité statistiquement significative à distinguer les personnes qui présentaient une maladie rénale de celles qui n'en présentaient pas. Un iridologue, par exemple, a décidé que 88% des patients normaux avaient une maladie rénale, tandis qu'un autre a jugé que 74% des patients assez malades pour nécessiter un traitement avec rein artificiel étaient normaux.

En 1980, un iridologue australien d'expérience, a subi deux tests. Lors du premier, il a examiné des photos de 15 patients qui avaient été évalués en médecine conventionnelle et qui avaient 33 problèmes de santé. L'iridologue n'a pas pu diagnostiquer correctement aucun des problèmes. Dans trois cas, il nomma une partie du corps qui avait déjà eu des problèmes (par exemple, il aurait dit "lésion dans la partie de la gorge" chez un patient qui a déjà eu une amygdalectomie en bas âge), mais il a complètement manqué les 30 autres zones de problème et a fait 60 mauvais diagnostics. Dans le second test, quatre personnes ont eu leurs yeux photographiés quand ils étaient en bonne santé, et photographiés de nouveau quand ils ont rapporté qu'ils étaient malades. L'iridologue a fait un grand nombre de diagnostics erronés des photos initiales et n'a pas pu identifier correctement tout organe qui aurait subi un changement quand le problème de santé est survenu. Il lui a aussi demandé de comparer les photos des iris d'une autre personne en bonne santé prise à deux minutes d'intervalle. Il a fait cinq mauvais diagnostics pour la première série et quatre autres faux diagnostics avec la deuxième séries de photos.

Plus récemment, cinq iridologues Hollandais de renom aussi n'ont pas réussi un test semblable suite à l'étude de l'oeil droit de 78 personnes dont la moitié avaient un problème avec leur vésicule biliaire. Aucun des cinq n'a pu distinguer ceux qui en souffraient de ceux en bonne santé. Ils ne s'entendaient pas non plus entre eux. Ces résultats négatifs, bien sûr, ne sont pas surprenants. En fait, il n'existe pas de mécanisme par lequel les organes du corps peuvent représenter ou transmettre des informations sur leur fonctionnement à un espace spécifique de l'iris.

 

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